La Religion n'a-t-elle pas été à tous les âges la grande inspiratrice du beau.

Ici, ce sont des temples de verdure et de fleurs, des autels richement décorés de vases magnifiques, de candélabres dorés, d'anges adorateurs inclinés sur les degrés de l'autel éblouissant de lumières, Là, le décor est plus simple et peut-être plus grandiose, c'est un amoncellement de rochers qui s'escaladent les uns les autres, étoiles de la sombre verdure des sapins recouvrant une modeste grotte, comme celle de Bethléem, où le Seigneur s'arrêtera un instant.

Je revois encore dans ma pensée un reposoir qui m'avait vivement frappée; sévère dans ses grandes lignes, il évoquait le passé païen, évanoui sous la main toute puissante du Christ, et la croix sainte s'élevant à la place des idoles. Il représentait un coin aride des landes bretonnes; des pierres debout ou couchées sur la bruyère éternelle, la croix plantée sur des rocs sauvages; et l'autel, s'élevant sur cette terre druidique, avait quelque chose de saisissant. De chaque côté, trois grands menhirs se dressaient comme les gardiens du sanctuaire, précédé d'un grand dolmen très réussi.

Chateaubriand dépeint ainsi la belle cérémonie de la Fête-Dieu:

«Quel chrétien ne s'est surpris un jour à contempler comme dans un rêve le beau et consolant spectacle d'une procession se déroulant lentement solennellement à travers les rues enguirlandées et fleuries?

Où va-t il, ce Dieu dont les puissances de la terre proclament ainsi la majesté?

Il va reposer sous des tentes de lin, sous des arches de feuillages, sur des autels de fleurs qui lui représentent, comme aux jours de l'ancienne alliance, des temples innocents et des retraites champêtres.»

La Bretagne, toujours croyante, tient à ses processions qu'elle nomme encore «la fête du Sacre», et pour cette fête elle déploie toute la magnificence du culte catholique, dans l'exaltation suprême d'une Toute-Puissance voilée par l'immensité du mystère qui fait rêver, sourire ou pleurer.

«Rêve, pour l'esprit humain qui se heurte devant l'incompréhensible, tant la sublimité nous frappe tant l'inconnu nous étreint.

«Pleurs, pour le croyant, pour celui que saisit un attendrissement immense, souffle venu de l'invisible, quand, au milieu d'un profond silence, une bénédiction descend d'en haut dans le geste auguste de la croix, tracé par l'ostensoir d'or.