Les personnes qui assistèrent jadis à ces fêtes magnifiques n'en ont jamais perdu le souvenir.
On n'en est plus là actuellement! hélas! cette guerre à la Religion est insensée et misérable.
Depuis qu'on a arraché le Christ des écoles, des hôpitaux et des prétoires, on a trouvé aussi que la sortie du Très Saint-Sacrement à travers les rues, même une seule fois par an, gênait la circulation et que le Bon Dieu n'avait plus qu'une chose à faire, c'était de se renfermer dans ses églises comme dans une prison et de n'en plus sortir.
Oui, c'est en temps de République, c'est-à-dire de Liberté, d'Égalité et de Fraternité, qu'on défend de suivre Celui qui est venu inaugurer ici-bas le règne des petits et des pauvres, et apprendre à tous les hommes la fraternité évangélique, la seule possible.
Des pygmées s'insurgeant contre leur Créateur! Quelle satanique démence! Aujourd'hui il faut aller chez les Musulmans et même chez les sauvages pour voir la Fête-Dieu et se réconforter le cœur.
Dans les villes turques où se trouve un grand établissement catholique tel que sœurs religieuses hospitalières, sœurs de Saint Vincent de Paul, école des Frères, la procession a le droit de sortir et le peuple musulman la respecte. À Brousse, la Fête Dieu s'appelle Gul-Baïram, la Fête des Roses et les Broussiottes s'empressent, sinon de la suivre, du moins de la contempler avec admiration.
Ce qui les frappe surtout, ce sont les couronnes de roses que portent les jeunes filles de l'école des Sœurs de Saint-Vincent de Paul et la profusion de fleurs qu'elles jettent sur le parcours de la procession, d'où le nom de fête des roses: Gul-Baïram.
Un missionnaire, qui enseigne la religion du Christ chez les peuples lointains, racontait ainsi la dernière Fête-Dieu à laquelle il a assisté. «J'ai dit qu'on ne voit rien de précieux à cette procession, la simple nature y prête toutes ses beautés, car sur les fleurs et les branches des arbres qui composent les arcs de triomphe sous lesquels le Saint-Sacrement passe, on voit voltiger des oiseaux de toutes couleurs, attachés par les pattes à des fils si longs qu'ils paraissent avoir toute leur liberté et être venus d'eux-mêmes pour mêler leur gazouillement aux chants des musiciens et de tout le peuple.
D'espace en espace, on voit des tigres et des lions enchaînés, afin qu'ils ne troublent point la fête et de très beaux poissons qui se jouent dans de grands bassins remplis d'eau; en un mot toutes les espèces de créatures vivantes y assistent comme par députation pour y rendre hommage à l'Homme-Dieu dans son auguste Sacrement.
On fait aussi entrer dans cette décoration les choses dont on se régale dans les grandes réjouissances, les prémices de toutes les récoltes pour les offrir au Seigneur et le grain qu'on doit semer afin qu'il lui donne sa bénédiction. Le chant des oiseaux, le rugissement des lions, le frémissement des tigres, tout s'y fait entendre sans confusion et forme un concert unique…