La mort de la Vierge Marie est la consommation de tous les mystères de sa vie. C'est sa véritable Pâque, après avoir satisfait aux nécessités de la nature humaine, par sa mort elle entre dans la vie glorieuse et immortelle, devenant ainsi semblable à Jésus ressuscité.
L'auguste Marie, après l'Ascension de son Fils et la descente du Saint Esprit, demeura encore 23 ans et quelques mois sur la terre, c'est-à-dire jusqu'à la 72e année de son âge et la 57e année du Sauveur.
«On s'est demandé pourquoi Jésus-Christ qui avait tant de respect et d'amour pour sa mère ne l'emmena pas avec lui, lorsqu'il monta au Ciel et pourquoi il la laissa au milieu des calamités d'ici-bas.
«C'est que Marie avait une grande mission à remplir dans le monde. Elle devait devenir pour l'Église naissante la mère qui élève, la maîtresse qui instruit, le modèle qui forme et sert d'exemple, elle devait devenir enfin la reine qui soutiendra l'Église contre les persécutions des Juifs et des Gentils. C'est elle qui encouragera les Apôtres, découvrira aux Evangélistes tous les détails de la vie cachée de son Fils, qui fortifiera les premiers Martyrs, inspirera aux Vierges et aux Veuves l'amour de la pureté. On ne saurait croire combien sa présence a aidé les Evangélistes dans l'érection de ce merveilleux et éternel monument qu'est le Christianisme.»
Quelques Pères de l'Église, par respect, n'ont donné au décès de Marie que le nom de sommeil, tant sa mort fut douce, mais il est reconnu qu'elle est morte suivant les conditions de la chair.
De même que Jésus donna l'exemple de la plus héroïque et généreuse des morts violentes, Marie donna l'exemple de la plus sainte et la plus douce des morts naturelles.
Les traditions rapportent que Notre-Seigneur lui envoya quelque temps auparavant un des premiers anges de sa Cour pour lui annoncer que le moment de sa récompense était proche. On croit que ce fut l'ange Gabriel; celui qui lui avait déjà annoncé l'incarnation du Verbe divin et à qui, selon saint Ildefonse «la charge de tout ce qui lui appartenait avait été donnée». Comme depuis l'Ascension du Sauveur la Vierge Marie soupirait après le bonheur de lui être réunie, on comprendra avec quelle joie elle accueillit ce Messager du Ciel. Elle était alors à Jérusalem dans la maison du Cénacle où tant de mystères de notre religion se sont accomplis et qu'on a depuis érigée en église sous le nom de Sainte Sion.
La Vierge y priait à son oratoire comme dans l'humble maison de Nazareth et l'on croit que sa réponse fut la même qu'au jour de l'Annonciation. «Voici la Servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole.» Marie avertit ensuite saint Jean de ce qui arriverait bientôt et, cette triste nouvelle s'étant répandue, les apôtres, les patriarches, les saints, les disciples, les convertis au Christ vinrent en foule à Jérusalem, pour voir une dernière fois la Mère de leur Dieu. Les fidèles pieux étaient accourus portant des flambeaux allumés, des parfums de grand prix et mêlèrent leurs larmes et leurs regrets à ceux de la troupe apostolique. Marie les consola par un discours admirable, leur promit son assistance et sa protection, les assurant que jamais elle n'abandonnerait ceux qui, dans la sincérité de leur âme, se confieraient à elle. C'était le testament de son âme. Pour ce qui était des choses de la terre, s'en étant détachée depuis longtemps ou même ne les ayant jamais possédées, elle léguait à deux saintes filles qui l'assistaient les quelques vêtements qu'elle portait. Le jour annoncé arriva bientôt. Marie n'était nullement malade et, quoi qu'elle eût 72 ans, son visage ne portait aucun signe de vieillesse et avait conservé son ancienne beauté; «on y voyait même un nouvel éclat qui prouvait bien que l'âme qui y logeait se ressentait déjà de l'approche de l'Éternité». Il ne faut donc point croire qu'elle fut alitée et qu'on l'entoura des soins qu'on rend ordinairement aux malades.
Le moment de son passage étant arrivé, Jésus-Christ, son Fils Bien-Aimé, selon les témoignages de saint Jean Damascène, de Métaplisaste et de Nicéphore, descendit du Ciel sur terre avec sa Cour céleste pour recevoir son Esprit bienheureux. La Sainte Vierge lui rendit alors la plus parfaite adoration qu'il ait jamais reçue sur la terre. «Que votre volonté soit faite, dit-elle, il y a longtemps, mon Fils et mon Dieu, que je soupire après vous; mon bonheur est de vous suivre et d'être où vous êtes, pour toute l'Éternité.»
Les anges entonnent alors un cantique céleste qui fut entendu de tous les assistants quoique tous ne vissent pas Notre-Seigneur.