Durant cette mélodie divine, l'humble Marie s'incline modestement sur sa couche, dans la position où elle voulait être ensevelie répétant ces mots: «Qu'il me soit fait selon votre parole», auxquels elle ajouta, ceux que son Fils avait prononcés sur la croix:

«Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains.»

Ainsi, les mains jointes, les yeux élevés vers son Bien-Aimé, le visage tout embrasé d'amour, elle lui remet son âme pour être transportée au Paradis.

L'assemblée, qui avait assisté à la mort de la Sainte Vierge, gardait un religieux silence. Le chagrin oppressait tous les cœurs, les larmes, coulaient; après les premiers moments donnés à une légitime douleur, les apôtres entonnèrent des hymnes et des cantiques en l'honneur de Dieu et de sa divine Mère.

Des malades ayant obtenu la faveur de baiser les membres de Marie se relevèrent guéris: des aveugles recouvraient la vue, des sourds, l'ouïe; des muets, la parole; des boiteux, l'usage de leurs jambes.

Les apôtres et les saintes femmes s'occupèrent ensuite de la sépulture.

Les deux saintes filles, qui s'étaient attachées à Marie étant venues pour embaumer le corps de leur reine, furent prises d'un grand saisissement en voyant des rayons de flammes sortir de son cœur. Sa couche était si lumineuse, qu'elles ne purent entrevoir son corps. Elles coururent vers les apôtres pour leur dire ce qui se passait, ceux-ci comprirent par là que ce corps sacré ne devait être ni découvert, ni touché par personne; on l'enveloppa dans un linceul sans avoir ôté ses vêtements et on l'emporta au bourg de Géthsémani, dans la vallée de Josaphat.

Jamais pompes funèbres ne furent aussi saintes. Les apôtres portaient eux-mêmes le cercueil. Les fidèles les accompagnaient en procession, tenant des flambeaux à la main. Les Juifs, quoique très montés contre les Chrétiens, ressentirent une telle impression de crainte et de respect, qu'ils ne songèrent point à troubler cette cérémonie.

Les Saints Pères sont unanimes à reconnaître que les anges accompagnaient de leurs harmonies célestes ce cortège sacré; une odeur délicieuse embaumait les lieux par où il passait. Les malades rencontrés sur la route furent guéris instantanément et plusieurs juifs se convertirent en voyant tant de prodiges. Enfin, le corps de Marie, ce trésor inestimable, fut déposé avec un profond respect dans le sépulcre qui lui avait été préparé et on le recouvrit d'une grosse pierre afin que celle, qui avait si bien imité les vertus de Jésus-Christ, lui ressemblât encore dans l'humilité de sa sépulture. Après la cérémonie, les fidèles retournèrent à Jérusalem, mais les apôtres, se relevant l'un l'autre, ne quittèrent pas le chevet sacré de leur Reine, près duquel les Anges veillaient aussi. Juvenal, patriarche de Jérusalem, nous apprend en son discours à l'empereur Marcien et à l'impératrice Pulchérie son épouse, qu'ils y demeurèrent encore trois jours. Au bout de trois jours, saint Thomas, le seul des Apôtres, qui n'eût pas été présent aux obsèques sacrées de la Vierge, arriva de l'Ethiopie, où son zèle ardent pour la conversion des âmes l'avait conduit. Ayant appris ce qui s'était passé, il désira encore une fois revoir le visage de son auguste Reine. Les autres Apôtres trouvèrent fort à propos de lui donner cette consolation ne doutant pas que ce retard ne fût mystérieux et ménagé par Dieu pour quelque grand motif, encore inconnu. Ils s'assemblèrent donc autour du sépulcre et, après quelques prières, enlevèrent la pierre; mais leur étonnement fut grand: un parfum incomparable s'échappait du tombeau vide, ne contenant plus que le linceul et les vêtements de la Vierge. Ils virent bien que personne sur la terre ne pouvait avoir enlevé ces pieux restes, la pierre n'avait pas été touchée et eux-mêmes étaient restés là, veillant à sa garde. Marie était ressuscitée, son âme avait repris sa dépouille mortelle pour remonter aux Cieux. Ce tombeau était donc vide comme celui de Notre-Seigneur, trois jours après sa mort, c'est pourquoi l'Église célèbre la fête de l'Assomption qui signifie élévation en corps et en âme de la Vierge au Ciel.

II