—Au préfet de mon département.
—Et pourquoi?
—Pourquoi, pourquoi, et voilà je suis tourmenté… je n'ai plus la conscience tranquille…
—Ciel! vous m'effrayez, cher père. Qu'arrive-t-il donc?
—Il arrive que pour arroser ma prairie, tu le sais, j'ai détourné, je pourrais même dire que j'ai capté le ruisselet qui parcourt notre propriété.
—Eh bien, vous en aviez parfaitement le droit.
—Je ne le crois pas, car enfin, lorsque j'étais à Nantes chez ta cousine, dans son joli hôtel de la Tenue Camus, j'ai vu coulant au bout de son jardin un ruisseau d'aussi modeste apparence que le nôtre.
Eh bien, Francine, apprends cela, c'est de l'histoire; ce ruisseau qui se nomme encore aujourd'hui la Chésine était jadis une rivière et porta les flottes de César; de même que la rivière est devenue ruisseau, qui peut dire que notre ruisseau ne deviendra pas rivière? Et tu vois d'ici les conséquences… non, je n'ai pas le droit de détourner son cours.»
Francine, à ce qu'il paraît, haussa légèrement les épaules, ce qui ne lui arrivait que lorsque son père avait dit ou fait une énormité; elle eut bien de la peine à obtenir le statu quo.
«Laissons les choses comme elles sont; si la commune est mécontente, nous le saurons bien, elle fera des réclamations. Attendez-les; mais de grâce n'écrivez pas au préfet.