—Certainement ils sont prêts et ne m'ont donné aucune peine. J'ai tout simplement copié les premières strophes de la quatrième Harmonie poétique de Lamartine. J'avais songé à prendre une de ses Méditations, mais ces poésies délicieuses m'ont paru trop belles pour un début.

—Y pensez-vous! mon oncle reconnaîtra l'auteur!

—Soyez tranquille, mon père n'admet que les Classiques. Lamartine, Musset et Victor Hugo, dont il n'a jamais voulu lire une traître ligne, sont une trinité d'hérétiques en poésie dont on devrait, à défaut de leur personne, faire brûler toutes les œuvres par la main du bourreau.—Lire Lamartine! le père de Jocelyn, un livre à l'index, y pensez-vous!»

En sortant de table nous nous sommes rendus dans le grand salon. L'heure était solennelle; Francine tenait son manuscrit en main. «C'est fait, a dit mon grand-oncle Benjamin.

—Oui, oui, ai-je répondu vivement, et je vous demanderai la permission de lire l'œuvre de ma cousine, l'auteur devant être trop ému.

Soit, je t'écoute: Et d'une voix forte j'ai déclamé.

Parle, lampe du Sanctuaire,
Pourquoi dans l'ombre du saint lieu
Inaperçue et solitaire
Te consumes-tu devant Dieu?

Ce n'est pas pour diriger l'aile
De la prière ou de l'amour,
Pour éclairer, faible étincelle,
L'œil de Celui qui fit le jour.

Ce n'est point pour écarter l'ombre
Des pas de ses adorateurs;
La vaste nef n'est que plus sombre
Devant tes lointaines lueurs.

Ce n'est pas pour lui faire hommage
Des feux qui sous ses pas ont lui;
Les cieux lui rendent témoignage,
Les soleils brûlent devant lui;