Le 16 septembre.
Hier nous sommes encore allées, à notre grande joie, nous promener avec Francine pendant que mon oncle restait en tête à tête avec sa Muse. Tout en marchant, tout en devisant, nous avons été visiter Fanchon, la protégée favorite de ma cousine; une bonne vieille qui tourne tout le jour son rouet (ce fil c'est son pain quotidien) et la nuit récite son chapelet et prie le Bon Dieu pendant les heures qu'elle passe sans sommeil. À quatre-vingts ans elle veut encore gagner sa vie. Une légende s'attache à sa chaumière.
—Une légende, s'est écriée maman, ah! contez-nous-la. Les légendes sont la poésie du passé; les paillettes et les flonflons, les rubans et les fleurs enguirlandant les sévérités de l'histoire.
Et Francine a repris en riant. On pourrait l'appeler; la Légende des
Haricots.
—Par exemple, a dit maman, comme ces deux mots: légende et haricots doivent être étonnés de se voir côte à côte. La légende! ce nom éveille en l'esprit quelque chose de poétique, de suave, un pénétrant parfum d'antan.
—C'est vrai, a répondu Francine, pour les Bretons comme vous, la légende c'est un chant, une mélodie, un souvenir des temps passés qui vous berce et vous endort sous les ailes de l'imagination.
Le vulgaire haricot!! quoi de moins poétique! Quoi de plus terre à terre! la plupart du temps ce nom fait sourire, appelle la plaisanterie et provoque l'éclat de rire. Mais cette légende-ci s'élève plus haut et je vais vous la raconter. Un souffle mystique passe sur elle et l'on oublie le côté prosaïque pour ne voir que le miracle de la Charité.
«Au temps mauvais de la Révolution, le curé du village qui nous touche s'en allait un jour dès l'aurore porter à l'un de ses paroissiens malade les derniers sacrements, la suprême consolation.
Une forte pluie d'orage avait la veille raviné tous les sentiers et transformé les chemins en rivières de boue.
Le bon curé faisait mille détours pour éviter les fossés pleins d'eau et les fondrières de la route.