—Oh! oui, elle est charmante, votre légende, j'aurais bien voulu voir ces haricots-là.
—C'est très facile, l'espèce en existe toujours; nous en avons à la maison, m'a répondu Francine, je vous en donnerai un petit sac, vous les sèmerez dans votre jardin et pourrez à votre tour recoller les haricots du miracle.
—J'accepte de grand cœur et vous me faites bien plaisir.
Pendant notre sortie, mon grand-oncle, pratiquant les préceptes de
Boileau
«Sur le métier, remettez votre ouvrage
Polissez-le sans cesse et le repolissez.»
travaillait la poésie de sa fille.
De l'œuvre de Lamartine il ne reste plus trace. Son ombre a dû tressaillir de cette horrible mutilation. Nous en avons eu une dernière lecture après souper. Mon oncle était rayonnant. Les limites de la bêtise humaine sont introuvables comme autrefois les sources du Nil, et comme mon oncle voulait recommencer en déclamant du geste et de la voix: Non, papa, ne parlons plus de notre travail, a dit Francine qui baillait à se décrocher la mâchoire pour ne pas rire, revenons à vos poésies légères; mes cousines partent demain, c'est la dernière soirée que nous passons ensemble. Chantez-nous pour finir la ronde que vous m'avez dédiée sur l'air: «Au pays de Bretagne». Et mon grand-oncle sans se faire prier, passant avec une désinvolture sans pareille de la déclamation au chant, a commencé et fini d'une voix chevrotante:
Bergère aimable et joyeuse,
Chantez-nous donc un couplet.
Si cela ne vous déplaît,
Chantez ma fille,
L'écho des bois redira
Elle est gentille.
Dans ce séjour agréable
Où croissent d'aimables fleurs
Les Belles charment les cœurs.
Chantez ma fille,
L'écho des bois redira:
Elle est gentille.
Veuillez pour ma récompense,
Moi qui sais tant vous aimer,
Me donner un bon baiser.
Chantez ma fille.
L'écho des bois redira:
Elle est gentille.