N'allez pas, chère Francine,
Vous prendre aux jolis filets
De trop louangeux couplets.
Chantez ma fille,
L'écho des bois redira:
Elle est gentille.

Gardez-vous, bonne fillette,
D'écouter les vains flatteurs
Ils sont souvent fort trompeurs.
Chantez ma fille,
L'écho des bois redira:
Elle est gentille.

Pour finir ce verbiage,
Ces couplets, doux passe-temps,
Je dirai dansez longtemps,
Chantez ma fille.
L'écho des bois redira:
Elle est gentille.

Ma cousine et maman ont applaudi, moi je n'ai pas eu ce courage.

Oui, c'est à perpétuité
Que mon cher oncle à la ronde,
Veut occuper tout le monde
De sa personnalité.

Cette bonne Francine, elle flatte trop son père, mais elle l'aime tant qu'elle ne voudrait pas lui connaître la plus petite imperfection.

Je n'en suis pas là, moi, et je me désopile la rate tout à mon aise en l'écoutant. Mais je sens qu'il n'est pas trop tôt que ça finisse, de temps en temps mon oncle raffermit ses lunettes, me regarde en face et m'apostrophant vivement: «Ah ça! pourrais-tu me dire ce qui provoque ton hilarité?» et je reste coite.

Maman, tout en me faisant de gros yeux, vient à mon secours et dit: «Vous savez bien, cher oncle, que la jeunesse s'amuse de tout et de rien; d'une fleur qui s'effeuille, d'une mouche qui vole de travers…»

Au fond je ne voudrais pas lui faire de peine, le pauvre homme; nous partons demain, c'est fort heureux, car le ridicule a fait une si large brèche dans le respect que je porte à mon grand-oncle poète, qu'à la longue je ne pourrais plus le regarder sans rire!

Le 17 septembre.