Sitôt que la cloche ouïras,
Saute de ton lit prestement.
Au lavabo tu parleras
Mais tout bas et très rarement.
À la chapelle te rendras
Pour la messe dévotement.
Et puis au réfectoire iras
Pour y manger fort sobrement.
Pendant la classe tu feras
Tes devoirs scrupuleusement.
De tes compagnes souffriras
Les défauts bien patiemment.
Sous la charmille tu feras
Mille et un complots d'agrément.
À l'étude tu rentreras
Pour travailler assidûment.
Et le soir tu te coucheras
L'esprit orné, le cœur content.
Jusqu'aux vacances passeras
Ainsi chaque jour mêmement.
PREMIER DEVOIR
DE LA CONVERSATION DES SALONS D'AUJOURD'HUI ET DE CEUX D'AUTREFOIS
Avec les gens d'esprit, l'esprit vient de lui-même.
Causer avec les sots, donne une peine extrême.
Qu'est ce que la conversation?
La conversation, c'est le rapprochement de deux âmes, le frottement de deux intelligences ou simplement l'échange de pensées légères et frivoles, de menus propos alimentés par les nouvelles du jour et, faut-il l'avouer, par les pailles du prochain.—La conversation est l'une des principales récréations de l'esprit; son charme se compose de tout et de rien, de nuances délicates et de couleurs vives, de mots emporte-pièce et de douces joyeusetés, d'expressions hardies et de phrases mélodieuses.
Dans ce duo où l'esprit et le cœur sont appelés à faire leur partie, si l'esprit doit régner, le cœur seul doit gouverner; et ici, je ne parle pas du tête à tête qui à lui seul renferme toutes les attractions, non seulement, quand c'est l'amour qui préside, mais même aussi l'amitié. Je parle de la conversation en général. Oui, il faut que le cœur gouverne l'esprit pour l'empêcher d'être méchant, s'il il en est autrement, cela ne s'appelle plus causer, mais médire, calomnier.
«L'Allemand disserte avec profondeur, l'Anglais discute avec flegme, l'Espagnol s'exprime avec emphase, l'Italien pérore avec volubilité, le Français seul sait causer». Causer, c'est aborder tous les sujets sans avoir l'air de les prendre corps à corps, c'est mêler l'enjouement à la sagesse, c'est habiller le simple bon sens de cette courtoisie et de cette politesse qui le rendent séduisant; c'est glisser l'avis judicieux au milieu d'une phrase légère ou plaisante; causer, c'est savoir allier la raison sans rien de vulgaire à la finesse, à l'élégance sans négligence ou prétention; causer, c'est avoir sa manière de dire, son esprit à soi, tout en gardant le désir de faire valoir celui des autres. Avoir de l'esprit et faire de l'esprit sont deux choses bien différentes. Il arrive trop souvent que l'esprit qu'on veut avoir gâte celui qu'on a.
Causer avec facilité et grâce ce n'est pas dire beaucoup, mais bien dire; cet amour excessif du toujours parler, de trop parler, entraîne à beaucoup de sottises. Il y a des personnes qui ne connaissent ni point, ni virgule dans leur causerie et dont la langue marche comme les baguettes d'un tambour. Elles voient tout, savent tout, connaissent tout, elles éclaireraient le soleil, et en attendant elles sont le catéchisme ambulant de la conversation, avec demandes et réponses toujours prêtes. Il n'y a rien de fatigant comme ces relations-là. Ah! si l'on osait comme on leur réciterait la fable de l'abbé Reyrac:
«Naguère un grand parleur tant jasait, tant jasait
Qu'enfin las de l'entendre et ne pouvant le suivre
Un aveugle attentif, estimant qu'il lisait
Lui dit: «Monsieur, pour Dieu, brûlez ce mauvais livre!»