On enduit les feuilles une à une en les plaçant sur une tablette et en appliquant la gomme avec une grande brosse. Un châssis métallique sert à préserver les bords de la feuille. Cela fait, on opère un second séchage au moyen d'un courant d'air, et après avoir mis les feuilles de timbres entre des feuilles de carton, on les soumet à l'action de la presse hydraulique. Une ouvrière partage alors les feuilles avec des ciseaux en deux moitiés, contenant chacune cent timbres. L'usage des ciseaux est préférable à celui d'une machine qui pourrait endommager les timbres. Les feuilles passent enfin à la perforatrice, qui entoure chaque timbre d'une ceinture de petits trous très rapprochés, Pour cela, l'ouvrière prend une machine se composant de deux cylindres dont le supérieur est garni de pointes, qui jouent le rôle de poinçon et correspondent à des trous pratiqués dans le cylindre inférieur.

On commence par faire les rangées de trous séparant les timbres dans le sens de la longueur, puis, avec une seconde perforatrice, on fait les rangées transversales.

En dernier lieu, les feuilles achevées sont mises en paquets, étiquetées et emmagasinées. Si un paquet est défectueux, on le brûle immédiatement. Le comptage est répété onze fois pendant la durée des opérations, et avec tant de soin, qu'on a rarement à constater la perte d'une seule feuille.

Les souverains ne sont point indemnes des petites manies du commun des mortels, entre autres, de celle des collections.

Ainsi, l'empereur d'Allemagne collectionne des autographes de grands capitaines. Les rois de Suède et de Roumanie collectionnent également des autographes. Le czar Alexandre III avait l'une des plus belles collections connues de timbres-poste. Le roi de Serbie rassemble aussi des timbres, tandis que le prince de Galles s'était formé un vrai musée de pipes, et sa mère, la reine Victoria, une étonnante collection de dés à coudre. La reine Marguerite d'Italie a des collections de gants et de souliers portés par des souveraines.

Après tout, puisqu'on collectionne des tableaux, des émaux, des ivoires, des cannes, des pipes, de vieux chapeaux, de vieux souliers, des boutons et même de vieux tessons que leur antiquité rend vénérables, pourquoi ne collectionnerait-on pas aussi de vieux timbres-poste?

Modeste et timide d'abord, la philatélie prit naissance vers 1856; mais deux ans après, son extension s'affermissait; collectionner des timbres devenait à la mode, et, dès 1858, les Parisiens, à leur suite nombre de Français, se mirent à réserver les timbres qu'ils recevaient de l'étranger, à les coller sur des livres géographiquement divisés, et ensuite, à en faire l'échange, puis la vente et la revente.

Alors, on ne trouvait point à acheter comme aujourd'hui de mirifiques albums classés, étiquetés, comme on en rencontre partout, on collait de son mieux les timbres recueillis sur des pages blanches qu'on calligraphiait ensuite.

Vint, hélas! la guerre terrible de 70 qui arrêta net, chez nous, l'essor de la philatélie, comme elle arrêta tant de choses. En 1876-77, la collectionnomanie des timbres-poste reparut. Elle a beaucoup prospéré depuis. On fait des échanges, et les jeunes gens, et jeunes filles assaillent de demandes tous les amis des amis de leurs amis, pour que ceux-ci mettent de côté, à leur intention, les timbres qui ornent leur correspondance.

Certains timbres, sont naturellement plus rares les uns que les autres. Ceux-ci sont épuisés, ceux-là n'ont pas été recueillis à temps et ont disparu, il n'en reste que quelques rares exemplaires dans le monde entier. Il advient alors ce qu'il advint jadis des tulipes en Hollande: on les payait à prix d'or. De sorte que s'il y a des timbres qui se vendent entre 5 et 10 centimes à la poignée, il s'en rencontre aussi, dont la valeur atteint, du fait de leur rareté, 500, 1 000, 2.000, 3.000, 10.000 francs!