C'est le cas de parler ici de la robe de bal d'une élégante Américaine (on sait que les Américains ont l'esprit inventif et qu'ils sont passés maîtres en excentricité.) Donc, cette dame s'était fait faire une robe en mousseline toute simple, tout unie, qu'elle a fait ensuite entièrement recouvrir de timbres-poste collés avec art. En graduant les nuances et variant les couleurs, on est arrivé à dessiner des festons, des guirlandes, des arabesques d'un effet tout nouveau et d'une saisissante originalité. Cette robe inédite était un véritable chef-d'œuvre, qu'on a d'autant plus admiré, qu'elle ne devait plus reparaître et pour cause; valses et polkas, pendant la durée du bal, lui ayant enlevé quelques douzaines de timbres-poste.
Les timbres-poste n'ont qu'à bien se tenir, depuis quelques années, ils ont rencontré sur leur route une rivale redoutable: la carte postale illustrée. J'avoue que cette dernière me paraît mille fois plus séduisante, le timbre-poste ne m'a jamais dit grand chose, mais la carte postale, quelle différence! N'est-ce pas charmant, l'été, à l'ombre des grands arbres, l'hiver, au coin du feu, de pouvoir parcourir, sans fatigue aucune, le monde entier, connaître les admirables beautés de la nature, ses glaciers et ses torrents, ses montagnes altières, ses océans et ses grands lacs, ses bois profonds et ses forêts inextricables peuplés d'oiseaux merveilleux et de fauves rugissants, en un mot tous ses sites enchanteurs. Voir les plus beaux palais, les cathédrales, les mosquées, se rendre compte des plus grandes et des plus belles villes du monde; n'est-ce pas le rêve le plus séduisant auquel l'imagination puisse s'abandonner?
Ce dessin, qu'on reçoit sur la carte fragile,
Rappelant un pays, rappelant une ville
Pour moi me semble encor augmenter de valeur,
Par son mot d'amitié, le souvenir du cœur.
C'est par millions, chaque année, que les cartes illustrées voyagent. Comme on a fait des expositions de timbres, on est arrivé à faire des expositions de cartes postales illustrées provenant du monde entier.
En France, comme ailleurs, les collectionneurs deviennent légions.
En attendant que la jolie carte postale détrône le timbre-poste, ce qui n'arrivera probablement jamais, voici une excellente méthode pour posséder une collection de timbres sans bourse délier. Ce moyen ingénieux nous vient d'un Anglais; toujours pratiques nos voisins.
Ce bon bourgeois de Londres avait promis à son neveu, dans un jour de générosité, de lui donner ce qu'il voudrait pour le récompenser de ses succès scolaires, espérant qu'il lui eut demandé un objet sans grande valeur: une montre d'argent, une épingle de cravate ou une boîte de peinture. Le neveu, plus ambitieux, demanda une collection de timbres et une belle, tant qu'à faire.
L'oncle qui comptait faire un cadeau de quelques schellings, une guinée au plus, fut un moment fort perplexe. Soudain, il répondit, tu l'auras.
Le lendemain il se rendait au bureau du Times et faisait insérer l'annonce suivante: Mariage. Une jeune personne âgée de 25 ans, brune, jolie, ayant 800,000 francs de dot et 2 millions à revenir, épouserait un honnête homme, même sans fortune. Les lettres seront reçues, jusqu'à la fin du mois, à l'adresse H-C Million au bureau du journal. Dès le lendemain les lettres commencent à pleuvoir à l'adresse indiquée, on était au 2 du mois, elles continuèrent ainsi pendant 30 jours; il en arriva plus de 25 000 et de toutes les parties du monde.
Voilà comment, pour le prix d'une simple annonce, notre Anglais put réunir une des plus jolies et des plus complètes collections de timbres.