On va voir à Greenwich, 1º le magnifique hôpital des Invalides de la marine, bâti en 1696, sur l’emplacement d’un ancien palais des rois d’Angleterre. 2º l’Observatoire, qui est célèbre; il fut fondé en 1775, par le roi Charles II. Une fabrique d’instruments d’optique et de navigation y est attachée. L’observatoire est très haut perché, dans un parc superbe, dessiné par un Français, Le Nôtre. Nous sommes grimpées jusqu’au haut, bien résolues à tout voir... hélas! on ne peut pénétrer à l’intérieur. Nous avons dû nous contenter de la vue qui de cette hauteur embrasse un vaste horizon. De petites marchandes établies dans le parc nous ont vendu des gâteaux et de la bière. Après nous être restaurées, nous avons visité une salle de peinture, dont Nelson est le héros; on le voit à différents âges et dans toutes les positions, assis et debout, de profil, de trois quarts et de face. Nous avons aussi donné un coup d'œil à la station des yachts royaux. En face, de l’autre côté de la Tamise, se trouvent les docks et chantiers de la Compagnie des Indes.

Après avoir parcouru quelques rues, comme je ne voulais pas m’attarder, à cause de l’arrivée de Madame, nous avons repris la route de Londres.

JOURNAL DE MADAME
CHAPITRE VI

Les courses de Newmarket.

Il me semble impossible de venir en Angleterre, sans y voir au moins une de ses courses tant vantées. J’aurais bien désiré aller à celles d’Epsom, fondées depuis plus d’un siècle, en 1779, et qui ont un si grand renom, mais nous sommes bien loin du 21 mai, jour où elles ont lieu chaque année, et je suis allée à Newmarket, dont les courses classiques, demi-classiques, les steeples, les handicaps, sont également célèbres.

Newmarket est une petite ville où l’on se rend de Londres, en deux heures, par le chemin de fer Great-Eastern. Les courses y sont organisées sur une grande échelle. Quarante-cinq entraîneurs publics ont sous leur direction deux mille chevaux de courses. Les courses et les régates sont pour l’extérieur les solennités mondaines par excellence, la great attraction des Anglais, c’est leur passion dominante. Les parieurs, les uns pour les chevaux, les autres pour les bateaux, se lancent dans la carrière à fond de train, c’est le cas de le dire; les paris sont insensés!

En définitive, c’est toujours le jeu, le jeu sur un tapis vert de gazon ou d’eau, au lieu d'être sur un tapis de drap. Je me suis fait mettre au courant des principaux termes de la langue chevaline, termes que nous avons empruntés, je me demande pourquoi, car il me semble que le français est une langue assez riche par elle-même, pour se suffire, sans avoir recours aux autres. Il y a plus de deux cents ans qu’Amyot disait: «La langue française n’est plus cette pauvre gueuse à laquelle le grec et le latin faisaient l’aumône» et aujourd’hui nous avons encore moins besoin d’emprunter ailleurs, surtout aux Anglais, qui seront toujours nos voisins sans jamais vouloir être nos amis.

On me répond: c’est la mode, il faut la suivre. Soit, je m’incline, mais non sans faire quelques restrictions. Sport veut dire en anglais divertissement, courses, chasses, gymnastiques, joutes sur l’eau, lawn-tennis: j’admets ce mot, puisqu’il comprend à la fois tous les exercices en plein air.

Mais pourquoi dire: arriver sur le turf (gazon), plutôt que sur le champ ou la piste. Pourquoi dire le ring, littéralement le rond, plutôt que l’enceinte, pour désigner le lieu où se réunissent les grands amateurs et les parieurs forcenés.

Betting signifie tout simplement pari et Starting départ.