Leur histoire rapporte que, le roi étant mort sans héritier, tous les palatins se montraient prêts à entrer en lutte armée pour conquérir le trône; soudain on décida de s’en remettre au hasard d’une course, celui des Palatins qui arriverait «bon premier» serait couronné roi. Ce procédé peu ordinaire eut les meilleurs résultats, la guerre prête à s’allumer s’éteignit comme par enchantement et la nation eut son roi.

Le cheval de courses en France comme en Angleterre est un patricien qui a son état civil très bien tenu; on pousse même les choses plus loin depuis une quarantaine d’année, on conserve le portrait des grands vainqueurs.

Old England est forte pour les portraits. La reine Victoria n’a-t-elle pas un musée canin renfermant le portrait de tous les petits toutous qu’elle a aimés?

Je ne sais quel sera plus tard le sort des chiens de sa gracieuse Majesté, mais les chevaux passeront à la postérité «leur nom figurera dans le dictionnaire Larousse à côté de Bucéphale dompté par Alexandre, d’Incitatus fait consul par Caligula, de Vaillantif tué sous Roland dans le défilé de Roncevaux, de Bubiéca la cavale du Cid, de Rossinante l’idéal coursier de Don Quichotte. Les chroniqueurs ont négligé de nous transmettre les noms des chevaux des quatre fils Aymon, c’est regrettable! Je termine ici ma liste des chevaux célèbres sur laquelle je pourrais inscrire encore le cheval de Troie qui était en bois, et le cheval de bronze d’Auber qui sera toujours en musique.»

Les courses de Newmarket ont presqu’autant d’importance que celles d’Epsom, elles m’ont vivement intéressée. Je suis revenue très satisfaite de mon excursion et très enthousiasmée des beaux chevaux que j’ai vus, les uns courant sur le turf, du stand où j’étais fort bien placée, les autres au repos, dans le stud que j’ai visité ensuite, Ciel! je m’arrête! aurai-je par hasard des dispositions à devenir une horse women et parler la langue des chevaux.

Ici j’y suis presque obligée, mais en France je ne me le pardonnerais pas. Vive partout, même aux courses, notre belle riche et harmonieuse langue!

JOURNAL DE SUZETTE

Il m’est impossible de décrire tout ce que j’ai vu depuis quelques jours. Tout cela encombre ma mémoire, et danse dans ma tête une sarabande effrénée. Quand de retour au pays, on me demandera des détails sur Londres, je montrerai mon journal à mes amies, aux autres je me bornerai modestement à répondre ceci: Qui n’a pas vu Londres, ne peut se faire une idée de cette ville immense, avec ses millions d’habitants. Elle est plus peuplée que plusieurs Etats d’Europe, tels: la Suisse, la Bulgarie, la Saxe qui n’ont chacune que trois millions d'âmes. Londres a deux fois plus d’habitants que la Grèce, le Danemark et la Norvège qui ne comptent chacun que deux millions d’habitants; et sa population s’accroît chaque année de soixante-dix mille personnes. Ma vanité satisfaite de ces comparaisons et de l’ébahissement de mes auditeurs, j’ajouterai pour finir: Voilà ce qu’est Londres, une ville extraordinaire, sans rivale, la plus grande ville du monde et je la connais!...[11]