En somme deux jolies fêtes, auxquelles je suis bien aise d’avoir assisté.

JOURNAL DE SUZETTE

Je pensais qu’en Angleterre il y avait beaucoup de cavaliers,—pas du tout; j’en ai vu très peu mais on voit des vélocipédistes en très grand nombre.

Les Anglais aiment aussi beaucoup les parties sur l’eau, ils aiment les bains, la pêche, et s’en vont souvent canoter sur la Tamise qui prend ici le nom d’Isis. De charmants bateaux se louent et des jeunes gens, en habits de fantaisie les conduisent avec une vitesse effrayante; l’autre soir, sous nos yeux, une petite périssoire où deux jeunes gens s’étaient embarqués et qu’ils conduisaient comme des fous a chaviré; mais heureusement ils ont eu pied, et ont regagné le bord du quai d’un petit air triomphant, aux applaudissements ironiques des promeneurs.

Pour cet exercice de navigation, comme pour le lawn-tennis, les jeunes gens portent des habits en flanelle rayée de couleur voyante d’un joli effet. C’est à qui arrivera le plus vite; quelquefois le petit bateau marche si fort que sa pointe enfonce dans l’eau; mais ceux qui le montent n’ont pas peur, la rivière est peu large, et ils savent nager; ces petites noyades là sont des jeux pour rire.

J’espère que nous ne tarderons pas à partir: si mon corps est en Angleterre, mon cœur est en France. Madame parlait d’allonger notre séjour d’une semaine, mais depuis trois jours, les jours se suivent et se ressemblent, et j’espère que cela modifiera ses projets. De la pluie le matin, de la pluie l’après-midi, de la pluie le soir, et nous sommes en été. Les trois quarts du temps dans ce pays-ci Mylord Soleil s’obstine à garder son bonnet de nuit de nuages gris et sa vilaine robe de chambre de brouillard noir. Dame! après ça, il ne faut pas s’étonner que le spleen soit une maladie anglaise. Je comprends que les indigents soient particulièrement tristes, ils n’ont même pas le soleil bienfaisant qui est le foyer du pauvre.

Voilà probablement pourquoi on boit tant dans ce pays-ci pour se régayer un peu; l’ivresse est le défaut caractéristique de toutes les classes: tout est si froid à l’extérieur qu’il faut bien se réchauffer à l’intérieur.

On dit que la reine elle-même aime à prendre son petit night cape.

Miss Emily m’a assuré qu’à Londres les ladies, les femmes du monde, trouvent chez tous leurs fournisseurs du Champagne extra-sec et du gin extra-pur, et ne regagnent la plupart du temps leur voiture qu’à pas chancelants. Il y a des modistes célèbres pour leur whisky d’Ecosse, des lingères au brandy incomparable, des gantières chez qui l’on est toujours assuré de trouver une pinte de cette fameuse old ale qui a parfois dix années de bouteille et dont un seul verre endormait lord Seymour.

Plus d’une élégante ne va au spectacle qu’avec un flacon de rhum en poche, dont elle s’offre de fréquentes rasades derrière l’éventail. Par les temps froids, dans la rue, elle tient son manchon sur ses lèvres. Or, ledit manchon est «truqué» en biberon contenant du whisky...... d’autres remplacent la bouteille par des bonbons consistant en capsules de gomme remplies d’alcool, et s’en régalent jusqu’à l’ivresse complète.