Miss Emily m’a raconté l’histoire d’une dame qui possédait une magnifique bible de format in-8, à tranches dorées. Ce superbe volume contenait une bouteille de la capacité d’un litre. Cette bonne dame, chez elle comme au temple, ne se servait jamais que de cette sainte bible. Et tout le monde admirait son attachement aux pratiques religieuses. Elle est morte alcoolique, mais elle avait l’ivresse douce, et ce n’est qu’après sa mort que son pauvre mari a découvert quel emploi elle avait fait du recueil des textes sacrés.

Le puritanisme anglais s’arrête devant une bouteille. On a vu plus d’un goutte-man, cédant à l’attraction d’un breuvage enivrant, s’asseoir devant un flacon de brandy, tirer de son carnet sa carte de visite, la placer dans une fente du bouchon, se verser rasade sur rasade, et s’abandonner ensuite au sommeil de l’ivresse. Il y a des professionnels qui se chargent de ramener à domicile les épaves munies de leur pavillon.

Et voilà comment ceux qui boivent trop, trouvent le moyen de donner du pain à ceux qui ne mangent pas assez.

JOURNAL DE MADAME
CHAPITRE VI

Encore les Salutistes. Notes de mon amie. Coutumes anglaises. Religion anglicane.

Les salutistes viennent de passer sous ma fenêtre avec leur tam-tam obligé. Cette religion, qui ne peut marcher sans tambour ni trompettes, est d’un grotesque achevé. Décidément cette armée nous poursuit, nous l’avons rencontrée partout. Ces soldats de Dieu, tout habillés de rouge et qui feraient plutôt penser à ceux du diable, portent ici sur le dos et sur la poitrine de grands écriteaux que je n’ai pu lire. On dit que la Suisse les a mal accueillis, elle a même fini par coffrer ces étonnants missionnaires. Du coup les salutistes ont crié victoire et parlent maintenant de leurs valeureux frères comme de saints martyrs.

L’armée du salut, commencée dans l’absurde, finira dans un long éclat de rire. Les salutistes se noient dans le ridicule.

NOTES DE MON AMIE

Autrefois en Angleterre, la veille de Noël (Christmas Eve et non pas Night) était seulement fête de famille.

La veille de Noël on se réunissait chez les grands parents où la jeunesse dansait, jouait à Colin Maillard (Blind Man’s Buff) et on finissait la soirée par «Snap Dragons» plus tard remplacé par la lanterne magique.