«A Rugby, c’est le jeu dans toute sa barbarie, tel qu’il a été légué aux Forwards d’à-présent par les jeunes athlètes du temps des Stuarts, des Lancastres et des Tudors. Le foot-ball ou balle au pied, sur laquelle se ruent les lutteurs des deux camps pour l’envoyer d’un coup de pied vers le but adverse, le vrai, le pur, le traditionnel foot-ball de Rugby autorise la mêlée, le corps-à-corps, l’usage des pieds, des mains, de la tête, scrummage et hacking, c’est-à-dire bagarre et coups de souliers dans les tibias! Comme on le voit, il n’y a pas moyen pour les jouteurs de s’ennuyer un seul instant!
A Londres, sans aller jusqu’à faire revivre les édits protecteurs de 1314, de 1349 et de 1401, l’Association n’admet que l’emploi des membres inférieurs. C’est un progrès. Il est défendu de se casser autre chose que les jambes, n’importe laquelle par exemple. Le code n’a pas prévu de préférence.
Le foot-ball est la contre-partie, le contraire d’un sport régulier. Il prête aux abus de la vigueur individuelle, à tous les vices inhérents aux mêlées confuses. Enfin, sans parler des blessures graves, fractures et contusions qui sont innombrables, les cas de mort subite ne sont pas rares non plus, par suite d’étouffement, de compression viscérale ou d’épuisement.»
Le journal médical anglais, le Lancet, donne la statistique suivante des accidents occasionnés par ce jeu. L’année dernière, de septembre à janvier, on a compté: treize morts, quinze fractures de jambes, quatre bras cassés, onze nuques démolies, une joue crevée, un nez abîmé, etc.
Ici on jouait le foot-ball de Londres, mais c’est égal, qu’est-ce qu’un plaisir qui vous inquiète au lieu de vous amuser? Je fais des vœux pour que le foot-ball ne pénètre pas en France, à la suite du crocket et du lawn-tennis.
JOURNAL DE SUZETTE
Nous partons après demain. Que j’en suis heureuse! je me sens légère comme l’oiseau qui ouvre ses ailes, gaie comme l’oiseau qui reprend sa liberté. J’aurais fini par devenir morose comme la petite fermière de Madame, un enfant de huit ans qu’on avait amenée au château pendant une très grave maladie de sa mère.
Au bout de trois jours elle ne riait plus, au bout de quatre elle parlait à peine, au bout de cinq elle pleurait.
—Mais mon enfant tu es bien soignée ici.
—C’est vrai, mais je voudrais retourner chez nous.