Hier, une amie de Miss Emily, femme de charge d’une grande maison, et qui parle aussi français, m’a dit soudain, que pensez-vous des Anglais? Cette question à brûle-pourpoint m’a d’abord un peu interloquée et j’ai cru être fort aimable en répondant, je pense qu’ils valent bien les Français, et vous que pensez-vous des Français?

«Oh my dear les Anglais n’ont pas de supérieurs ni même d’égaux dans tout l’univers, voilà ce que nous pensons!

O les orgueilleux! O les snobs! ces petitesses-là ce sont leurs pieds d’argile...

Les mœurs anglaises sont pleines d’hypocrisie. On crie Shoking! bien haut, pour rien, quand cela se voit, tandis qu’à l’intérieur de sa conscience, on entasse des montagnes de fautes sans sourciller.—J’avais entendu dire que la pruderie britannique cache ses vices sous des dehors affectés, rien n’est plus vrai.

JOURNAL DE MADAME
CHAPITRE VII

Dîner d’adieu.—Une partie de foot-ball.

Ma bonne amie a donné hier, en mon honneur, un grand dîner d’adieu. Repas pantagruélique, où j’ai encore été à même d’apprécier le brillant appétit des ladies et des gentlemen anglais. Ils mangent comme des ogres; ce besoin continuel de se sustenter doit tenir à l’air qu’ils respirent.

Le climat qui ronge d’une façon si étrange les monuments, rongerait-il aussi l’estomac? Suzette prétend qu’elle est constamment altérée et affamée. Si je restais plus longtemps à Oxford, je finirais par être comme elle, j’arriverais aux cinq repas que font consciencieusement les Anglais, tous les jours. L’hiver, c’est le froid qui les fait dévorer, et l’été, c’est le chaud. Le fait est que la chaleur molle et lourde abat complètement, et de toutes façons il faut bien se redonner des forces.

L’après-midi, j’avais assisté à une partie de foot-ball. On aime les jeux de force brutale en Angleterre. Le foot-ball y est fort en honneur, principalement au célèbre collège de Rugby, où sont précieusement conservées les traditions de ce jeu national.

Il y a deux manières de jouer le foot-ball, soit à la mode de Rugby, soit à la mode de Londres, où réside l’association pour la réforme un peu adoucie de ce jeu trop sauvage, comme la soûle en Bretagne.