Zurich est une ville commerçante et... studieuse, on l’a surnommée l’Athènes de la Suisse, réputation qu’elle soutient dignement.

Cette jolie ville moderne, où l’on fabrique de si riches étoffes de soie et de mousseline, est également située au bord du lac qui lui a donné son nom; d’ailleurs, quelle est la ville de Suisse qui n’a pas son petit ou son grand lac et sa légende?

Zurich a l’un et l’autre, un beau lac et une singulière légende, dont Charlemagne est le héros. La voici: On commence par vous montrer la maison où logeait Charlemagne, le grand empereur, alors qu’en l’an 800 il fondait les premières écoles Zurichoises; cette maison, située tout près de la cathédrale dans la rue des Romains, est connue de temps immémorial sous le nom de la maison «dans le trou,» in loch, par ce qu’il faut pour y arriver descendre d’un côté de hauts escaliers, de l’autre un chemin fort rapide; elle a été tant de fois restaurée depuis, qu’il ne doit rien rester de la maison primitive, de réparation en réparation, elle a perdu tout ce qu’elle avait de remarquable, à l’exception d’une porte et de deux fenêtres d’architecture romane. Mais enfin elle reste parée des souvenirs du passé, et c’est déjà beaucoup.

Charlemagne avait donc fait élever, en plus de ces écoles, sur l’emplacement actuel de la Wasserkirch, une chapelle munie d’une cloche que pouvait sonner, à certaines heures, quiconque réclamait un jugement de l’empereur ou voulait implorer son appui.

«Un jour la cloche sonne, mais le gardien ne voit aucun sonneur, il n’aperçoit âme qui vive dans la chapelle, ou à ses abords, la cloche réitère néanmoins ses appels, et le bon empereur, ne pouvant obtenir une réponse qui le satisfasse lorsqu’il demande à ses serviteurs qui agite la cloche, prend le parti d’aller voir en personne ce qui se passe. Il arrive avec l’impératrice et voit que c’est un serpent qui tire la corde, il approche et l’animal le conduit quelques pas plus loin à son nid. Un énorme crapaud s’était établi sur les œufs du reptile et l’empêchait de regagner son domicile.

«Charlemagne, monté sur son siège de justice, donne l’ordre de chasser le crapaud et le serpent reprend sa place et ses droits. A quelque temps de là, les serviteurs de l’empereur viennent lui dire tout effarés qu’un serpent monte les degrés qui donnent accès dans la maison. Charlemagne défend qu’on fasse aucun mal à cet étrange visiteur, qui bientôt fait son entrée dans la salle où la cour était à table.

«L’animal se dirige droit au hanap impérial, fait comprendre qu’il doit en soulever le couvercle puis, son désir satisfait, dépose dans la coupe une pierre précieuse qu’il tenait dans sa bouche et disparaît; jamais on ne le revit.

«Charlemagne, touché de ce cadeau, témoignage de la reconnaissance du serpent pour ses bons offices, fait monter la pierre en bague. On s’aperçoit alors qu’elle avait une puissance magique et qu’elle attachait indissolublement le cœur de l’empereur à la personne ou à l’objet qu’elle touchait. L’impératrice désirant comme toute bonne épouse être aimée seule de son mari, se fit donner la bague. A ses derniers instants, elle eût le soin de dissimuler ce talisman sacré dans sa bouche, et après sa mort, l’empereur lui resta tellement attaché que pendant longtemps il ne permit pas qu’elle fût inhumée, ne pouvant supporter l’idée d'être séparé d’elle.

«Un jeune étudiant en médecine de Zurich ayant été consulté par un chevalier de la suite de l’empereur, finit par découvrir l’artifice auquel avait eu recours l’impératrice. Le chevalier s’empara de la bague et bientôt l’empereur renonça à garder le corps de sa défunte épouse, mais alors son affection excessive se reporta tout entière sur le chevalier détenteur de l’anneau. Au bout de quelque temps celui-ci, fatigué de l’attention que le public accordait à la moindre des actions du favori de l’empereur, jeta l’anneau dans un terrain marécageux. On était loin de Zurich alors, mais cela suffit pour que l’empereur se sentît attiré vers cet endroit.

Il y construisit une église qu’il dota richement, éprouvant toujours une attraction invincible pour ce monument, lui qui avait fait construire tant d’autres églises, il voulut y être inhumé. C’est ainsi que fut fondé Aix-la-Chapelle. Telle est la légende que racontent les vieilles chroniques et que respectent encore aujourd’hui les bons habitants de la ville.»