Au septième siècle, Bruxelles n’était encore qu’un modeste bourg. Cette ville ne reçut son nom qu’en 1044, lorsqu’elle fut entourée de murs, et devint le séjour des ducs de Brabant. Ce n’est que depuis 1831 qu’elle est la capitale de la Belgique. Elle était avant l’une des deux capitales du royaume des Pays-Bas. Deux fois prise par les Français à la fin du dix-septième et à la fin du dix-huitième siècle, elle appartint à la France de 1795 à 1814.
On dit que Bruxelles est un petit Paris. C’est en effet une jolie miniature de notre capitale, avec sa ceinture de boulevards et son bois de la Cambre, rival de notre bois de Boulogne. Elle compte quatorze portes, vingt-sept ponts, et plusieurs beaux édifices. Sa cathédrale dédiée à Sainte Gudule est vraiment très belle à l’extérieur, quoique ses tours semblent inachevées.
L’intérieur est décoré très richement de superbes vitraux, de tableaux de maîtres et de magnifiques tombeaux en marbre blanc. La chaire en bois sculpté est très curieuse: l’artiste a représenté nos premiers parents mangeant la pomme et a personnifié les sept péchés capitaux qui viennent à la suite. L’hôtel de ville gothique est un remarquable monument entouré d’antiques maisons d’une architecture riche et bizarre. On ne voit qu’arabesques, colonnes, statuettes d’un grand effet. Ces demeures rappellent la domination des Espagnols, qui implantèrent ici le style mauresque, qu’ils tenaient eux-mêmes de leurs vainqueurs les Maures. L’ancienne maison du Roi est le chef-d'œuvre de ce genre. Quant au palais du roi actuel, ce n’est qu’une grande construction moderne, sans ornements et sans style. Sans doute que le confort et les richesses de l’intérieur font oublier l’extérieur, mais je ne l’ai pas visité.
La résidence royale de Laeken, située dans le faubourg de ce nom, est entourée d’un grand parc ouvert au public, qui peut s’y promener tout en admirant les beaux arbres, les pelouses fleuries, les orangeries et les serres remplies de plantes rares et superbes.
Le palais des ducs d’Orange, un peu moins laid que le palais du Roi, a été transformé en musée. Les promenades sont magnifiques et nombreuses.
L’Allée Verte est tout simplement ravissante; le parc royal, devant le palais du Roi, est planté de beaux arbres, mais les statues me semblent de peu de mérite.
Le parc de Bruxelles, devant le palais de la Nation, se trouve dans la ville haute, au milieu des quartiers les plus élégants. On y rencontre tout ce qui fait la beauté ordinaire des grands enclos: des massifs, des taillis, des pelouses, de l’eau. On a conservé un bassin qui recevait l’eau d’une fontaine aujourd’hui tarie. Ce bassin est donc à sec, mais on le garde, parce que Pierre-le-Grand pendant son séjour à Bruxelles, s’amusa un jour à boire «en vrai charpentier,» une bouteille de vin qu’il avait fait rafraîchir dans ce bassin. L’histoire, qui souvent laisse passer des faits importants, s’amuse parfois à consigner les plus petits, et c’est comme cela que les générations pourront lire gravés sur les bords du dit bassin, l’année, le mois, le jour et l’heure où le Roi a bu.
Quant au bois de la Cambre, il est vraiment splendide, et je crois qu’il peut rivaliser avec notre Bois de Boulogne. Au demeurant, Bruxelles est une ville industrieuse et commerciale, intelligente et artistique, riche et élégante.
Ses musées possèdent beaucoup de choses rares et curieuses, celui de peinture renferme une grande quantité de tableaux de Rubens, Van-Dyck, Rambrand, des deux Teniers, et de tous les maîtres de l’école flamande. Le musée Hirtz, fondé par un particulier, dont il contient seulement les œuvres et les collections assez originales, présente également beaucoup d’intérêt.
Bruxelles a de fort beaux magasins, et j’ai admiré aux étalages de lingerie ces belles dentelles si renommées dites point de Bruxelles.