Saint Bruno naquit à Cologne, et Marie de Médicis y mourut en 1642.—Rubens y séjourna longtemps, quelques auteurs croient qu’il y est né; en réalité il reçut le jour à Siegen (Nassau), d’une famille noble et originaire d’Anvers. Nous n’avons pas voulu quitter Cologne sans acheter quelques flacons de cette eau spiritueuse et parfumée, qui porte son nom; inventée à la fin du siècle dernier par Jean-Marie Farina, elle est maintenant connue du monde entier.

Aix-la-Chapelle est aussi une ville importante des états prussiens: l’hôtel de ville est magnifique; la cathédrale bâtie par Charlemagne est remarquable; cependant je lui reproche son style un peu lourd, un peu confus, et elle me semble bien inférieure à celle de Cologne.

Près de la ville se trouvent des eaux sulfureuses et ferrugineuses, fort en vogue. Ces sources furent découvertes par Charlemagne vers 773 pendant une partie de chasse. Il y fit construire une chapelle; d’où son nom d’Aix-la-Chapelle. L’empereur finit même par faire de cette ville sa résidence habituelle et la capitale de tout l’empire. A partir de cette époque le développement et l’importance d’Aix ne firent que s’accroître. Il s’y tint différents conciles; les empereurs s’y firent couronner pendant plusieurs siècles, de 813 à 1531. Les habitants vous montrent avec fierté les tombeaux de l’empereur Othon III et de Charlemagne.

De même qu’Argenteuil possède la tunique de Notre-Seigneur, et Prün, dans le diocèse de Liège, ses sandales, Aix-la-Chapelle conserve précieusement sa ceinture de cuir (cingulum), dont les deux extrémités sont réunies et scellées du sceau de l’Empereur Constantin.

Ce trésor, ainsi que les restes de Charlemagne, qu’on appelle les «grandes reliques», ne sont présentés à la vue du peuple que tous les sept ans.

CHAPITRE VIII

Bruxelles, Laeken, Waterloo, Gand, Bruges, Anvers, Spa, Paris et ses ruines, Retour au logis.

D’Aix-la-Chapelle, nous arrivons à la petite ville manufacturière de Verviers, première station belge. Là, il faut subir l’ennui de la douane, mais c’est égal, je ne suis plus en pays ennemi, il me semble qu’on m’a ôté un poids qui m’oppressait le cœur, je respire plus librement.

Le paysage a changé d’aspect; cependant vers Liège je retrouve des réminiscences de la Suisse en petit. Mais en approchant de Bruxelles, adieu la poésie. Nous sommes dans un pays riche et fertile, ces immenses plaines le prouvent certainement, malgré leur apparence terne, uniforme, presque insipide. Bruxelles s’annonce très bien par cette superbe gare du nord où nous débarquons; mais il y a tant de Parisiens ayant fui la Commune que tous les hôtels où nous frappons sont pleins. Enfin, après une journée de fatigues nous trouvons un appartement chez Monsieur Vereyken où nous sommes très confortablement installées.

Je vois dans mon guide que la ville de Bruxelles est à deux cent soixante-six kilomètres de Paris, et qu’elle renferme environ deux cent mille habitants.