Depuis 1882, «l’armée» a envoyé dans l’Inde deux cent vingt-cinq officiers. Sur ce nombre, cent ont quitté le pays ou sont morts, morts de faim. Le général veut que ses hommes vivent de la même manière que les indigènes, il leur alloue un salaire d’un schelling (un franc vingt-cinq) par mois, et ils doivent se procurer le reste de l’argent nécessaire à leur subsistance par d’autres moyens. Ce système est simplement meurtrier. Peut-être M. Booth, avant de parler des misères de Londres, devrait-il songer aux pauvres gens qu’il envoie mourir dans l’Inde?
Les époux Booth ont parcouru toute l’Europe et l’Amérique. On n’a pas oublié le petit speech du maréchal à Paris. Le voici:
«Sur une estrade, un vieillard qu’on pourrait prendre pour M. Naquet, étale aux regards des auditeurs un superbe gilet rouge.
Ce vieillard, c’est le général Booth lui-même.
Au fur et à mesure qu’il parle—en anglais,—un interprète, le vice-général Clibborn traduit ses paroles en français.
Le général raconte qu’un Anglais l’a aidé une année de nombreux chèques, et souhaite qu’un autre Anglais surtout aussi riche se trouve dans la salle et dans les mêmes dispositions, car, dit-il, ce n’est qu’une habitude à prendre, après on donne par coutume, de génération en génération, sans savoir pourquoi.
Le moment est venu de mettre cette théorie en pratique.»
En entendant l’annonce d’une collecte, toujours pour les besoins de l'œuvre, l’auditoire se leva et disparut comme par enchantement.
Les processions extérieures manquent quelquefois de charme. De temps en temps ces pauvres salutistes reçoivent des horions dans les rues; c’est le revers de la médaille, c’est le mauvais côté de leur propagande effrénée; la procession est interrompue, et bagarre s’en suit. Ces petits intermèdes, provoqués par quelques mauvais plaisants, font la joie du public qui n’a jamais pris les salutistes au sérieux.
Le protestantisme florissait sous trente-cinq formes à Jersey. Les salutistes viennent d’y ajouter la trente-sixième. Je ne saurais énumérer tous les noms qu’elles portent, mais on m’a cité les Méthodistes nouveaux et anciens, les Baptistes, les Indépendants, les Bryanistes, les Bethell Quakers, les vrais Parfaits, les sectaires de Swedemborg. Toutes ces sectes sont une aberration de l’esprit. Les Français ont la folie politique, les Anglais ont la folie religieuse.