Un capitaine hollandais (la Hollande était alors l’alliée de l’Angleterre), comprenant leurs regrets d’avoir laissé cet îlot leur échapper, proposa de les tirer d’embarras.
Ce Hollandais avait certainement lu l’Illiade, car il eut recours au moyen inventé par Ulysse roi d’Ithaque; seulement au lieu d’un cheval de bois ce fut un cercueil dont il se servit.
Le capitaine hollandais vient donc jeter l’ancre devant Sercq. Un marin est dépêché près du lieutenant de Breuil pour lui annoncer la mort du capitaine de navire et lui demander la permission de l’enterrer dans l'île, puis il ajoute: Pendant que l’équipage accomplira la triste cérémonie, les habitants de l'île pourront visiter notre navire, ils y seront reçus cordialement.
La petite garnison qui n’avait aucune distraction sur sa roche perdue accepta avec empressement, sauf quelques soldats et de Breuil qui crut de son devoir d’accompagner le capitaine défunt à sa dernière demeure.
Deux heures après, le tour était joué.
C’est le capitaine hollandais qui reçut lui-même aimablement les Français en les faisant prisonniers à son bord. Pendant ce temps là, presque tout l’équipage entré à Sercq, ouvrait le cercueil et y trouvait toutes les armes dont il avait été rempli. De Breuil et ses quelques hommes, incapables de résister, furent obligés de se rendre.
L’histoire rapporte que Marie Tudor, indignée de ce procédé, refusa le prix de la trahison; ce sentiment de générosité n’était vraiment pas anglais.
Les fortifications françaises furent rasées, et l'île rentra dans l’abandon.
Plus tard, un sire de Glatigny, d’origine normande, réédita l’aventure de Poullain de la Garde; les détails manquent, mais il est à croire qu’il ne fut pas plus heureux que lui. Et Sercq restait toujours une île solitaire et déserte, la cité inviolable des oiseaux de mer qui s’y abattaient par bandes énormes. En 1563, un habitant de Jersey, Hélier Carteret dont le nom est devenu historique, forma le projet de se fixer à Sercq.
C’était le descendant de seigneurs normands qui, avant la confiscation de leurs biens par Phillippe-Auguste, possédaient en Normandie le fief de Carteret. Hélier Carteret s’installa avec toute sa famille, persuadé que si l’on voulait s’en donner la peine, la petite île de Sercq deviendrait aussi fertile que ses grandes sœurs, Jersey et Guernesey.