Imbus de ces excellents principes on comprend tout ce que les insulaires de la Grande-Bretagne peuvent se permettre d’ébouriffant en tout genre et en tout pays, comme dit Madame, c’est le self gouvernement au profit de leur personnalité. Moi je n’ai pas de si belles expressions, mais il me semble que l’Anglais a l’air de dire partout: Il n’y a que moi au monde, ôtez-vous de là que je m’y mette.

C’est sans regret que je quitte Jersey et Guernesey, ces joyaux pour parler poétiquement jetés dans l’écrin bleu de la Manche, ces îles qui devraient nous appartenir! Tout cela ce n’est pas le bon air de la patrie, hélas! je ne suis pas à la veille de le respirer.

JOURNAL DE MADAME
CHAPITRE V

Les églises et les religions de Guernesey, Adieu au Trois sœurs.

Si l’éclosion des fleurs est abondante à Guernesey, la floraison des sectes religieuses ne l’est pas moins; seulement la botanique a, pour les premières, classé depuis longtemps les espèces, les variétés et les herboriseurs suivent scrupuleusement une classification dont ils reconnaissent l’autorité; ici en fait de religion, c’est encore pire qu’à Jersey, c’est l’anarchie complète, il est impossible de s’y reconnaître.

Toutes les variétés du Protestantisme s’y rencontrent, ou à peu près, depuis le Ritualisme qui n’est autre que le Catholicisme soustrait à l’autorité du pape, jusqu’aux Anabaptistes qui n’admettent aucun sacrement, et à la Salvation Army (ou armée du Salut) qui, le dimanche, emplit les rues de sa musique, plus bruyante que mélodieuse.

Les églises paroissiales elles-mêmes n’appartiennent pas au même culte, et, c’est là qu’apparaît le mieux, sous une unité de nom cette division à l’infini qui semble être le châtiment de ceux qui s’éloignent de la véritable église.

En effet, tous les protestants font partie nominalement de l’église anglicane (les sectes dissidentes sont laissées presque partout aux commerçants et au menu peuple). Eh bien, de toutes ces différentes églises qui s’intitulent anglicanes, pas deux n’enseignent la même doctrine, et, ces différences ne sont point seulement, comme on pourrait le croire, dans les questions de détails, mais sur les points les plus importants, tel par exemple le culte des saints ou des morts, le Purgatoire, la présence réelle, la définition et même le nombre des sacrements.

Ce qui est le plus merveilleux, c’est que tous ces ministres, curés et vicaires, qui souvent dans la même paroisse n’enseignent pas la même doctrine, se font ouvertement la guerre de paroisse à paroisse. Pourtant, tout ce clergé anglican relève du même évêque et sort des mêmes écoles théologiques.

Mais, là où il n’y a pas d’autorité, et où l’interprétation des textes repose sur le libre arbitre, il ne peut y avoir que confusion. C’est ce qui fait que les protestants instruits de bonne foi désertent cette tour de Babel pour se réfugier dans l’église catholique; un grand nombre très instruit aussi se jette malheureusement dans le scepticisme.