Les Anglais sont froids mais polis, les gens de service sont bien stylés et les gens du monde surtout lorsque vous leur avez été présentés sont remarquables par leur serviabilité. Ceci est l’Anglais pris individuellement, car, en principes, l’Angleterre est l’ennemie de la France. Elle lui a toujours été contraire et souvent néfaste. C’est elle qui, après avoir ameuté toute l’Europe contre Napoléon Ier se chargea simplement de le mettre en prison à Sainte-Hélène. Sous Louis-Philippe elle témoigna la même hostilité sourde à la France: par exemple elle la trouva bonne pour faire la guerre de Crimée et y dépenser son or, son sang et lui rendre service, mais en 1870 quand elle nous vit écraser par l’Allemagne, elle ne nous accorda pas une seule petite note d’intervention diplomatique; impassible, elle assistait à nos désastres avec calme et sérénité.
«Prendre la défense de la France: Oh! no, no, je n’y ai aucun profit, répondait la juste et tendre Albion. On le sait, d’ailleurs, les Anglais ne se batteront jamais pour un principe, pour une idée chevaleresque; mais, pour leur seul intérêt.
Mettez-vous en avant, mes petits amis, disent les Anglais aux autres peuples, brûlez-vous les doigts pour rôtir et peler les marrons, nous nous trouverons à point pour les manger ensuite.
Gaspard de Saulx-Tavannes écrivait, dès 1546, ce qui suit:
«Les Anglais se sont conservés en troublant leurs voisins. Il y a trente ans qu’ils entretiennent la guerre civile en France et en Flandre, désirant épuiser l’argent de l’un et de l’autre, et voilà trente ans aussi qu’ils meuvent les guerre entre les Espagnols et les Français, sèment, dilatent, embrasent le feu et le sang en la maison d’autruy pour faire prospérer la leur.»
«Trois siècles ont passé sur cette définition de la politique anglaise sans l’affaiblir: voilà ce qu’elle était hier, voilà ce qu’elle est aujourd’hui, voilà ce qu’elle sera demain.»
Je termine mon chapitre par cet autre portrait si vrai de l’Angleterre.
«Le peuple romain fut guerrier, théologien et légiste; le peuple anglais est un peuple de commerçants, de jurisconsultes et de théologiens.
«L’un et l’autre sont esclaves des formules religieuses et des formules légales, à tel point qu’ils n’osent former la plus légère entreprise sans leur appui.
«Mais donnez-leur une formule ou une interprétation même pharisaïque, qui les mette en paix avec leur conscience, et vous les verrez tenter les usurpations les plus prodigieuses, commettre les crimes les plus horribles.