«Aujourd’hui Waterloo-Day, une trentaine de régiments, les Horse-Guards, les Coldstream Royal Highlanders, etc., etc., ont paradé solennellement; tous leurs drapeaux sont cravatés de guirlandes de laurier. Ce soir, les officiers banquetteront ferme, dans les casernes l’on chantera force couplets patriotiques sur l’air-scie de Ta-ra-ra-Boom! de ay!

Et ces petites fêtes recommencent souvent, il n’y a d’ailleurs pas de raisons pour que cela finisse.

«Le 18 juin il faut absolument que l’Angleterre se gobe. Avec un tact infini, tous les insulaires que j’ai rencontrés aujourd’hui m’ont lancé ce brocart: What about the battle of Waterloo?»

«Il n’y avait qu’une chose à leur répondre: What about the battle of Yorktown? cela ne rate jamais son effet. It is a tit for tat. It shuts them up. Cela leur rive leur clou.»

«L’étranger qui arrive à Londres et qui débarque à Waterloo-station, prend un cab qui traverse Waterloo-Street, Waterloo-Place, Waterloo-Bridge et qui le conduit à Waterloo-Hôtel, Waterloo-Square. Dans l’antichambre ou hall, une réduction du Lion de Waterloo; dans les chambres à coucher, des bustes de Wellington; dans la salle à manger, des tableaux représentant l’armée française en déroute. Au menu du dîner figurent des bombes... glacées à la Waterloo, et si avant de vous coucher vous désirez prendre un verre de vin mousseux, votre stupéfaction ne connaîtra plus de bornes, quand le garçon vous apportera une bouteille revêtue de l’étiquette: Waterloo-Champagne!»

«C’est un vrai cauchemar. On rêve de Waterloo toute la nuit et quand vous vous éveillez le matin, on vous apporte du Waterloo-chocolate, du Waterloo-soap pour vous laver les mains, vous trouvez le plan de la bataille jusque dans les W...-C..., et pour comble le chien de l’hôtel a nom... Waterloo! Et il n’est pas muselé!»

«Quelle douce chose que cette confiance en soi, qui fait de l’Angleterre, qui n’a pas d’armée, une nation forte; qui fait de l’Angleterre, qui n’a pas de religion, une nation croyante; qui fait de l’Angleterre, qui n’a pas de mœurs, une nation très morale (à la surface); qui fait de l’Angleterre, qui n’est pas monarchique, une nation essentiellement dévouée à la dynastie victorienne.»

Décidément, Paris et Londres sont deux villes bien différentes et qui ne se copient nullement. Même contraste existe dans le caractère des deux nations: le fond du caractère français est plein de bonhomie, le fond du caractère anglais est plein de morgue. En France, les jeunes filles sont surveillées; en Angleterre, elles sont libres, une fois mariées leur situation respective change, les jeunes femmes françaises deviennent libres, et les jeunes femmes anglaises cessent de l'être.

Le cocher parisien prend sa droite et s’asseoit sur le devant de la voiture, le cocher anglais prend sa gauche et s’asseoit derrière sa voiture pour la conduire.

Paris est une ville agglomérée, Londres est une ville très espacée; l’aspect de Paris, bâti en pierres blanches, est gai; l’aspect de Londres bâti en pierres et briques rouges, est sombre; à Londres les maisons sont basses et habitées par famille, à Paris elles sont hautes et habitées par étages. Les besoigneux de Paris en parlant du Mont-de-Piété disent «ma tante», ceux de Londres disent «mon oncle.»