L’Ode triomphale d’Augusta Holmès, qui déifie la République, a eu lieu à deux heures de l’après-midi, ce qui a permis de faire l’économie de l’éclairage, soit huit mille francs; c’est bien quelque chose.
On a beaucoup parlé de cette fête des fêtes, exécutée aux frais de l’Etat et de la Ville de Paris, qui dépensent trois cent mille francs pour cette représentation, et l’on dira encore que la République n’est pas prodigue! Elle a sans doute pensé que pour consacrer sa gloire elle ne dépenserait jamais trop d’argent. L’ensemble est des plus grandiose!
La scène a soixante mètres de long sur trente de large. Au fond de la scène s’étale une peinture panoramique représentant des villes et des campagnes, montagnes, forêts, rivières, cela représente la France. Au centre de la scène se dresse un autel très élevé et de forme ancienne ombragé d’un voile d’or. Au pied de l’autel brûlent quatre trépieds remplis de parfums; devant l’autel un large escalier orné de trophées d’armes, de drapeaux et de fleurs; au-dessous, une vaste plate-forme sur laquelle défile le cortège en costume symbolique.
Les Arts précédés par le Génie.
Les Sciences précédées par la Raison.
Les corps de Métiers précédés par le Travail et l’Industrie. Les vignerons suivent le Vin que représente un pavois couvert de pampres verts et de grappes vermeilles. Les moissonneurs suivent la Récolte représentée par des gerbes de blé enguirlandées de fleurs des champs. Ils chantent:
Forts et rénovés,
Mangez et buvez,
Fils du rire et de la vaillance,
Le pain et le vin,
Sans quoi tout est vain
La chaire et le sang de la France.
Quand ils ont fini, ils vont se ranger en haut de la vaste scène, où iront successivement s’étager les autres chœurs. Les soldats suivent la Guerre que représente un amoncellement de boucliers entourés de palmiers, de lauriers, et de colonnes chargées de trophées.
Les marins suivent la Mer, que représente des monceaux de coraux et de plantes marines. Ils chantent la France. Les soldats disent:
Nous voulons mourir en l’aimant
Car c’est vivre immortellement
Que de mourir pour la Patrie.