Skobeleff a servi longtemps sous les ordres du général Kaufmann, le gouverneur général bien connu du Turkestan. Dans l’origine, il ne jouissait ni de son affection, ni de sa protection. A une expédition contre les Boukhares, Skobeleff commandait l’avant-garde. Il avait l’ordre de garder l’expectative jusqu’à l’approche des forces principales commandées par Kaufmann lui-même. Mais en se voyant en face d’un ennemi quinze fois plus fort que lui, et son petit détachement pouvant être facilement cerné par la cavalerie ennemie, Skobeleff ne put se conformer à ses instructions et se vit obligé, après une reconnaissance faite pendant la nuit, d’attaquer les Boukhares, qu’il mit en fuite après leur avoir fait subir des pertes énormes.
Le messager envoyé au général Kaufmann rapporta l’ordre de laisser le champ de bataille intact jusqu’à l’arrivée du commandant en chef. Celui-ci ne tarda pas à paraître. Il se rendit droit au champ de bataille et contrôla le rapport de son subordonné. Il ne lui fut pas difficile de constater la véracité absolue de celui-ci. Alors, en présence des troupes, il tendit la main à Skobeleff et lui dit: «Colonel, je ne vous ai jamais aimé, je ne vous aime pas et je ne vous aimerai jamais, mais vous êtes un brave et je vous utiliserai». Et Kaufmann tint parole.
Le lion cavalier est vraiment fort extraordinaire, et l’on se demande lequel admirer le plus: de ce lion en liberté qui galope sur un cheval ou du cheval qui se laisse monter par un lion.—Pour moi, la palme est à celui qu’on ne voit pas, c’est-à-dire au dompteur. Quelle dose de patience et d’habileté il a fallu pour arriver à un pareil résultat.
Un grand chien l’air tranquille et rassuré court à côté du cheval et gambade autour de la piste; tous trois, le chien, le cheval et le lion semblent les meilleurs amis du monde.
Les clowns sont très amusants, les équilibristes d’une force rare; l’un marche au plafond la tête en bas, un autre, en vélocipède, dévale à toute vitesse un escalier. On applaudit, mais le grand succès est celui du lion, le roi des animaux l’emporte aujourd’hui sur celui de la création.
Une séance de tableaux vivants termine dans un calme agréable ce spectacle parfois un peu trop émotionnant.
Lundi 21 Octobre 1889.
L’EXPOSITION
San-Marino.—Monaco.—La Serbie.—La Roumanie.—Grand-duché de Luxembourg.
San-Marino
San-Marino, avec ses soixante-deux kilomètres de superficie et ses huit mille habitants, doit son origine à un tailleur de pierre dalmate nommé Marin; au VIe siècle, celui-ci se retira dans cet endroit désert et bâtit un petit ermitage pour prier et servir Dieu loin du monde. Sa réputation de sainteté appela bientôt, autour de lui, un grand nombre de fidèles et l’ermitage devint une ville. De tous temps l’indépendance des habitants a été respectée, sauf par César Borgia qui leur imposa un gouverneur et Alberoni qui envahit leur territoire en 1739. Il fallut céder à la force, mais leur soumission ne fut que passagère.
En 1797, Bonaparte leur offrit d’agrandir leur minuscule état; ils refusèrent, ne demandant qu’une chose, c’est qu’on les laissât tranquilles possesseurs de ce qu’ils avaient depuis quinze cents ans. Enclavés dans l’Italie, ils ont trouvé, jusqu’ici, le moyen d’éviter toute annexion. La république aristocratique (elle tient beaucoup à cet adjectif) de San-Marino a donc voulu, elle aussi, prendre part dans le bon combat de la paix et de l’industrie. Elle s’annonce par une façade monumentale ornée de son blason: d’azur aux trois monts de sinople supportant trois tours d’argent couronnées de panaches de même; des armes superbes, on en conviendra. Une ville qui se trouve bâtie à 738 mètres d’altitude peut bien mettre quelques monts dans ses armoiries. Son passé est représenté par des armes anciennes, des mosaïques du IIIe siècle et de vieilles tapisseries; le présent par une reproduction en relief de San-Marino et des environs—ce travail est très remarquable—et par une très belle cheminée sculptée. La sculpture est l’industrie nationale de San-Marino; il y a des familles entières où l’on manie le ciseau de père en fils depuis 1500 ans.