Quel dévergondage de notes, quelle orgie de cuivres à présent dans certains opéras. L’orchestre n’a plus pour mission d’accompagner et de soutenir les chants, il a sa partie distincte qu’il tient aussi à faire valoir, et l’audition de cet imbroglio musical devient pour les simples mortels qui l’écoutent attentivement, un véritable travail. Mme de Sévigné, en parlant de la musique de Lulli, disait: «Il n’y en aura pas de plus belle au Paradis.»

Eh! bien, je ne ferai pas entendre ce cri d’admiration pour la musique actuelle. Non, bien sûr, cette musique-ci n’est pas celle du Paradis. Les mélodies célestes sont autre chose que cela. Elles savent parler à l’âme un ineffable langage dont la musique du jour, dans un grimoire savant et compliqué, embrouillé et obscur, ne peut donner aucune idée.

C’est la musique de l’avenir; on dit que nos oreilles s’y feront, tant mieux. La musique est donc arrivée à une époque de transition, mais il ne s’ensuit pas que cette nouvelle musique, pas plus que la nouvelle littérature, soit supérieure à celle du passé. Au contraire.

Pour la science, c’est tout différent: la science est un capital qui va toujours en s’augmentant. Chaque génération nouvelle tire profit de l’héritage légué par sa devancière. Voilà l’explication des progrès incessants et indéfinis de la science, qui ne recule jamais, comme cela peut arriver à l’Art.

Les élections.—L’Exposition.—Les fêtes

Dimanche, 22 Septembre 1889.

Grand jour des élections!

Les afficheurs sont aujourd’hui les maîtres de Paris.

Ils ont mis leur colle et leurs affiches partout, sur les plus beaux monuments, sur les statues même, sans respect pour les illustres qu’elles représentent.

Nous sommes en septembre, et comme autrefois à Rome, à cette époque, ils usent et abusent de ce que l’on appelait septembri libertas.