Un peu attrapés les bons Anglais qui abondent en ce moment; au spectacle de l’Exposition, ils avaient rêvé d’ajouter celui des élections. Une petite émeute agrémentée de boxe, de savate, avec quelques coups de fusils, ne leur aurait pas déplu. Toujours les mêmes, les Anglais. Ceux-ci font penser à leurs compatriotes, qui impassibles, la lorgnette en main, regardaient brûler Paris en 1871.
La République est victorieuse, c’est le triomphe du nombre... et puis l’immense succès de l’Exposition lui apporte un fameux appoint. Monsieur Carnot, très correct, rélève la République que le grigou de Grévy rapetissait à sa mesure.
Les feuilles gouvernementales exultent, comme le disait l’une d’elles ce matin: «Qui donc voulait l’étrangler cette excellente personne, cette république adorable, cette mère modèle qui protège également tous ses enfants. Tous les peuples pour l’aimer, pour la mieux comprendre, devraient la demander en mariage. Ils reviendraient à l’âge d’or et trouveraient le bonheur parfait.»
Nous avons donc passé notre journée à l’Exposition, où nous nous sommes croisées plusieurs fois avec l’ambassade marocaine.
El Caïd, El Hadj, et leur suite, sont de beaux hommes, ayant grand air, beaucoup de dignité dans la démarche et portant avec élégance le haïk blanc et le fez rouge.
Nous nous sommes consacrées aujourd’hui à l’histoire de l’habitation et à l’histoire du travail au Palais des Arts libéraux.
L’histoire de l’habitation, en quarante-trois spécimens, par l’ingénieur M. Charles Garnier, est fort attachante. Reconstituer les premières demeures de l’homme, rendre les diverses phases par lesquelles il passe pour sortir de la barbarie, les transformations successives qu’il opère petit à petit autour de lui, c’est faire comprendre la longue bataille qu’il dut livrer non seulement aux animaux féroces, mais encore aux éléments déchaînés contre lui; c’est raconter d’une manière saisissante cette marche triomphale, qui, à travers les siècles, doit le mener à la civilisation.
Cette série commence par la caverne d’un Troglodyte, sombre grotte creusée par la nature, et que l’homme n’a pas même essayé d’améliorer. Puis viennent des huttes en terre, des cabanes de roseaux de l’époque lacustre, des paillotes, des tentes, demeures des peuples nomades. Nous nous arrêtons devant les chaumières de nos ancêtres les Gaulois, plantées, comme celles des Germains, à l’ombre des chênes. Ces grands arbres font penser aux Druides dont voici en effet, tout près, les pierres énigmatiques, dolmens et menhirs.
Puis enfin la terre et le bois prennent une forme, la pierre s’y ajoute et la maison est bâtie.
La série se continue avec les spécimens de l’architecture romane, gothique et de la renaissance. Nous arrivons aux plus belles périodes de notre art national «qui, en toute équité, arrive bon premier, dans ce handicap d’un nouveau genre.»