Les collectionneurs vont avoir beau jeu. Collectionner est pour certaines gens une fièvre non intermittente. On collectionne tout depuis les boutons de culotte... jusqu’aux affiches électorales. Ces dernières font le bonheur des chiffonniers qui les vendent bien, et comme rien ne se perd, leurs débris servent à fabriquer des poupées, des bourres de fusils, et surtout des boutons de bottines.

Ces affiches, transformées en feuilles de carton de l’épaisseur d’un bouton, sont alors coupées en bandes, puis présentées à une machine qui découpe le bouton et fixe la tige qui formera la queue.

Les boutons sont durcis dans des étuves chauffées à cent cinquante degrés, puis vernis et séchés.

Une seule usine fabrique cinq millions de ces boutons par jour.

Grandeur et décadence des professions de foi!

Ce soir, dîner en ville chez des Parisiens pur-sang fort aimables, fort spirituels, mais qui ne comprennent pas qu’on puisse vivre ailleurs que dans leur Paris.

Vendredi, 27 Septembre 1889.

Le Panthéon.—Les Grands Magasins.
L’Hôtel des Ventes.
La «Famille Benoîton» à l’Odéon.

Temps délicieux, tout m’a paru charmant sous le soleil d’or et le ciel bleu. Le soleil est l’émissaire de la gaîté. C’est incroyable l’influence qu’il exerce sur l’esprit; s’il se montre, tout sourit, s’il se cache tout devient triste.

Le Panthéon, chef-d’œuvre de l’architecte Soufflot, est bâti en forme de croix. L’entrée représente un temple grec; mais la coupole rappelle celle de Saint-Pierre de Rome. Louis XV en posa la première pierre en 1764. Cette église construite pour remplacer la vieille église Sainte-Geneviève qui tombait en ruines n’a pris le nom de Panthéon que sous la première Révolution, le 4 Avril 1791, à l’occasion de la mort de Mirabeau. Un instant, l’ignoble Marat reposa au Panthéon, mais bientôt le peuple justicier jeta ses restes à l’égout de Montmartre. Jusqu’en 1822, le Panthéon resta temple. A cette époque, il fut rendu au culte catholique. En 1832, il redevint temple; vingt ans après, il redevint église catholique. Enfin après la chute du second empire, il cessa d’être église pour devenir définitivement le temple de la gloire. Ces transformations sont absurdes; les athées auront beau faire, ils ne pourront jamais substituer le culte des grands hommes au culte du vrai Dieu. Enfin ils ont décrété que l’église souterraine contiendrait désormais les cendres de nos grands hommes. Victor Hugo y a pris place.