Envisagée au point de vue commercial, cette exposition est une preuve incontestable que la fabrication des jouets est devenue une branche d’industrie artistique et des plus importantes.
Les armes de chasse et les engins de pêche se présentent dans un cadre original tendu d’énormes filets et de peaux de bêtes, entourés d’aigles, de vautours, de chamois, de chevreuils qui se regardent aussi tranquillement que le grand ours blanc polaire toise le lion de l’Atlas qui lui fait vis à vis.
Samedi, 5 Octobre 1889.
La France
Hier, c’était le triomphe du bois et des étoffes, des bijoux et des dentelles, du cristal et du verre, des fleurs et des joujoux, aujourd’hui c’est le triomphe du fer, du bronze et du cuivre maniés par des ouvriers d’une habileté rare. Je ne puis me lasser de regarder l’autel en cuivre doré de onze mètres cinquante de haut sur six mètres de large, du style gothique le plus pur, commandé pour l’église Saint-Ouen de Rouen. Voilà des groupes et des statues admirablement coulés, voici des pendules, des urnes, des lampes gigantesques, celle-ci est une copie très exacte de la tour Eiffel et comme modèle de lampe c’est tout-à-fait réussi, mes compliments à l’auteur de l’idée.
La fonte paraît à son tour et fait une rude concurrence au bronze, en imitant ses plus beaux sujets artistiques en les rendant accessibles à toutes les bourses. Le domaine du cuivre est non moins étourdissant depuis l’humble bougeoir, la pelle, le landier, en remontant toute la gamme des ustensiles de ménage, jusqu’aux foyers des locomotives. Au dire des connaisseurs, les lamineurs et les fondeurs ont fait de véritables tours de force. Du reste, le matériel des chemins de fer est tout simplement prodigieux. Cette locomotive est admirable, aussi perfectionnée que possible il me semble et déjà l’on parle de la remplacer par la locomotive électrique! L’humanité est insatiable!
Les cyclopes tant vantés ne seraient ici que des pygmées et comme ils admireraient l’exploitation actuelle des mines représentées avec toutes les apparences de la vérité! Appareils à monter et descendre, machines d’extraction, de ventilation, wagonnets, cages, biennes, puits dont on voit l’orifice béant. Dans la réalité, certains de ces puits de mine atteignent un demi-kilomètre de profondeur et dire qu’il y a des gens effrayés de monter tout en haut de la tour Eiffel! Dans l’air, la lumière, le ciel bleu! Que serait-ce donc si on les invitait à descendre au milieu des ténèbres, à cinq cent trente mètres dans les entrailles noires de la terre!...
Anzin expose les modèles de ses habitations, à cent ans de distance. Les baraques de 1789, sont devenues en 1889 d’élégants pavillons. Entre ce chaume et ces briques, il y a un siècle d’efforts constants et de progrès soutenus.
Le Creusot, l’une de nos gloires industrielles, est la plus considérable de nos usines françaises.
En 1837, le Creusot n’était qu’un établissement de peu d’importance; aujourd’hui c’est une ville métallurgique de vingt mille âmes, ne laissant rien à désirer au point de vue du bien-être de ses habitants. C’est le modèle par excellence des cités ouvrières, qu’on en juge.