Dans ses voyages, il se faisait héberger ou il voulait: c'était le droit de gîte.
Les vilains ou roturiers, en acquittant ces droits, ces corvées, gardaient une certaine liberté. Ils pouvaient avoir une cabane, une terre, s'enrichir même s'ils avaient affaire à des seigneurs doux et pacifiques.
Au-dessous d'eux, les serfs, plus malheureux, rappelaient les esclaves antiques. C'étaient les descendants de prisonniers de guerre ou d'hommes réduits en servitude pour certains crimes, parce qu'ils n'avaient pu payer l'amende, ou de pauvres gens qui s'étaient livrés corps et biens, à cause de l'affreuse misère. D'autres, par piété ou par repentir, s'étaient déclarés serfs des églises, des abbayes.
Le serf était comme la terre qu'il cultivait, la propriété absolue de son maître qui pouvait le donner, l'échanger ou le vendre, comme bon lui semblait. Les enfants d'un serf devenaient serfs en naissant. Si un homme libre épousait une femme serve, il tombait en servitude. Le seigneur pouvait séparer le serf de sa femme, de ses enfants, échanger ces malheureux comme un vil bétail.
[CHAPITRE VI]
LES CROISADES—LA CHEVALERIE
Les premiers Capétiens (987-1108).—Les premiers Capétiens ne purent remédier au désordre de la société. C'est à peine s'ils étaient égaux aux autres seigneurs. Hugues Capet (987-996) écrivait à Adelbert, comte de Périgord, qui refusait d'obéir. «Qui t'a fait comte?» L'autre répondit insolemment «Qui t'a fait roi?»
Son fils Robert eut la piété d'un moine, non la fermeté d'un roi. Les guerres devinrent si nombreuses, les famines si affreuses, qu'on crut à une prédiction qui annonçait la fin du monde pour l'an 1000. Cette terreur augmenta la puissance et la richesse de l'Église à laquelle les seigneurs, pour obtenir le pardon de leurs fautes, firent de grandes générosités. L’Église, du reste, chercha à remédier au désordre affreux de la société. Sous le règne de Henri Ier (1031-1060), elle publia la Trêve de Dieu (1041). La guerre était interdite du mercredi soir au lundi matin de chaque semaine, durant le carême et l'avent. Après Henri Ier règne Philippe Ier (1060-1108), qui demeure presque toujours renfermé dans ses châteaux ou occupé à combattre les vassaux de son domaine.