Conquête de l'Angleterre par les Normands.—Guillaume, duc de Normandie, était le parent d'un roi saxon qui régnait sur l'Angleterre: il prétendit à son héritage. En 1066 il réunit autour de lui ses vassaux et appela une foule d'aventuriers, leur promettant argent et domaines. Avec une flotte nombreuse, il traversa la Manche et aborda sur la côte méridionale de la grande île. Le duc ne vint à terre que le dernier de tous, il fit un faux pas et tomba sur la face. Un murmure s'éleva; des voix crièrent: «Dieu nous garde! C'est mauvais signe.» Mais Guillaume, se relevant, dit aussitôt: «Qu'avez-vous? Quelle chose vous étonne? J'ai saisi cette terre de mes mains et, par la splendeur de Dieu, tant qu'il y en a, elle est à vous.»

Les Saxons avaient élu pour roi Harald auquel on conseillait d'éviter le combat et de faire retraite vers Londres en ravageant tout le pays pour affamer les étrangers. «Moi, répondit Harald, que je ravage le pays qui m'a été donné en garde! Par ma foi, ce serait trahison et je dois plutôt tenter les chances de la bataille avec le peu d'hommes que j'ai, mon courage et ma bonne cause.»

L'armée de Guillaume se trouva bientôt, à Hastings, en vue du camp saxon qui était assis sur une longue chaîne de collines et fortifié par un rempart de pieux et de claies d'osier. Un Normand, appelé Taillefer, poussa son cheval en avant du front de bataille et entonna le chant, fameux dans toute la Gaule, de Charlemagne et de Roland. En chantant, il jouait avec son épée, la lançait en l'air avec force et la recevait dans sa main droite. Les Normands répétaient ses refrains et criaient: «Dieu aide! Dieu aide!»

La bataille fut vive et acharnée, mais les Saxons, ayant commis l'imprudence de quitter leurs retranchements, furent vaincus. Harald périt au milieu de la mêlée; beaucoup de Saxons ne voulurent point survivre à ce désastre et se défendirent jusqu'à la mort. Guillaume, maître du pays, y fixa les Normands et partagea les terres entre ses soldats. La langue française se parla au delà de la Manche, et la langue anglaise en a retenu quantité de mots et d'expressions.

La première croisade (1095-1099).—On vit bientôt des expéditions autrement grandes et fameuses. La Palestine avec Jérusalem était devenue la proie des Arabes musulmans, puis des Turcomans,[4] bien plus farouches.

Or les chrétiens allaient en grand nombre visiter Jérusalem et les lieux saints. C'était le pèlerinage, comme on disait. Les chrétiens qui accomplissaient ce pèlerinage furent exposés à de violents outrages. Un pèlerin français, Pierre l'Ermite, vint raconter aux peuples de l'Europe ces persécutions, les excitant à la guerre sainte. Pierre l'Ermite s'appelait de son vrai nom Pierre d'Achères (des environs d'Amiens). Il avait été guerrier, puis s'était fait ermite, d'où son surnom de Pierre l'Ermite. Ayant fait le pèlerinage de la Terre Sainte, il fut vivement ému des souffrances des chrétiens d'Orient et vint les raconter au pape Urbain II. Encouragé par lui, Pierre l'Ermite traversa l’Italie, puis la France. Monté sur une mule, un crucifix à la main, les pieds nus, portant une pauvre robe attachée par une grosse corde, il prêcha la guerre contre les infidèles et appela les chrétiens à la délivrance du tombeau du Christ.

Le pape Urbain II, Français de naissance, convoqua à Clermont en Auvergne un concile où, avec les prélats, affluèrent les seigneurs et une multitude de peuple. Pierre l'Ermite raconta de nouveau les malheurs des chrétiens de la Palestine. Le pape exhorta les Francs à cesser leurs guerres et à mettre leur bravoure au service de la religion. Tous répondirent par un même cri: «Dieu le veut! Dieu le veut!» (1095). Nobles et vilains firent vœu de partir pour la guerre sainte; comme signe de ce vœu, ils attachèrent à leur épaule une croix d'étoffe rouge: ce qui leur fit donner le nom de Croisés, et à l'expédition le nom de Croisade. Tout le monde voulait partir pour la croisade. Les pauvres gens entassaient dans des charrettes tout ce qu'ils avaient. Les premiers prêts, ils se mirent en route sous la conduite de Pierre l'Ermite et de Gauthier sans Avoir. A la vue de chaque ville nouvelle, les femmes et les enfants, dans leur simplicité, demandaient: «Est-ce donc là Jérusalem?» Cette foule traversa l'Allemagne en pillant pour vivre et arriva décimée en Asie, où elle fut exterminée.

L'armée des seigneurs ne s'ébranla qu'après de longs préparatifs. Elle formait une masse de cent mille chevaliers, six cent mille fantassins (1096), et avait à sa tête des chefs expérimentés à la tête desquels on distinguait Godefroy de Bouillon, Raymond de Toulouse, Hugues de France, Étienne de Blois, le Normand Bohémond, prince de Tarente (en Italie) et son cousin Tancrède.

Après deux batailles sanglantes, les Turcs se contentèrent de harceler par leur cavalerie légère les lourds chevaliers; ils laissèrent combattre pour eux la faim, la misère, l'intempérie des vents, l'ardeur brûlante du soleil. Jusqu'en Syrie, chaque pas fut marqué par des cadavres. Là se trouvait la puissante et riche Antioche. Les croisés, épuisés et quoique réduits de moitié, étaient encore au nombre de 300,000 hommes. Il fut impossible de nourrir ces masses pendant un siège qui dura sept mois: la famine était affreuse. Les intrigues de l'habile Normand Bohémond parvinrent cependant à rendre les chrétiens maîtres de la ville, où ils trouvèrent, après une abondance de quelques jours, la disette et l'épidémie.