Pour comble de maux, arrivait une grande armée turque. Un instant le découragement fut extrême. Tout à coup l'enthousiasme succède à cette torpeur: le bruit s'est répandu qu'un prêtre de Marseille vient de trouver en terre la lance qui avait percé le côté du Christ; alors ces malheureux, qui n'attendaient plus que la mort, maintenant pleins de force et de courage, se précipitent sur les Turcs, qu'ils mettent en pleine déroute (1098).

D’Antioche, l'armée s'avance lentement sur Jérusalem. Tout à coup, au revers d'une colline de sable rougeâtre et sans verdure, elle s'arrête. A quelque distance s'élevait une ligne de remparts, des portes, des tours, des temples, des édifices. Le même cri Jérusalem! sortit de toutes les bouches poussé par soixante mille personnes qui seules survivaient à ces trois années d'épreuves (1099). Les croisés ne purent maîtriser leur enthousiasme et marchèrent à l'assaut, mais ils furent repoussés et durent se résigner à faire un siège régulier. Au bout de cinq semaines ils étaient en mesure de tenter une attaque mieux concertée. Ils firent rouler au pied des murailles de hautes tours surmontées de ponts-levis qui s'abattaient sur les parapets. Pendant deux jours on combattit avec une égale fureur. Vers le milieu de la seconde journée (un vendredi, le 14 juillet 1099) les croisés réussirent à pénétrer dans la ville, et un horrible carnage suivit la victoire.

Les croisés s'accordèrent à choisir, pour garder et gouverner le nouveau royaume chrétien, Godefroy de Bouillon, qui, loin de s'en montrer plus fier, n'en fut que plus humble. Il ne voulut pas prendre le titre de roi, mais celui de défenseur du saint sépulcre. Il dit: «qu'il ne voulait pas porter une couronne d'or là où le roi des rois avait porté une couronne d'épines.» Les députés d'une peuplade étant venus lui parler le trouvèrent assis sur un sac de paille; ils s'en étonnèrent. «La terre, leur dit-il, doit être le siège des hommes pendant leur vie, puisqu'elle leur sert de sépulture après leur mort.»

Louis VI.—La croisade avait amené l'éloignement et la mort d'un grand nombre de seigneurs; les efforts des villes qui cherchaient à obtenir des chartes de commune, embarrassaient les autres. Cet affaiblissement des seigneurs profita au roi de France qui n'avait pas bougé de ses châteaux.

Le fils de Philippe Ier, Louis VI (1108-1137), surnommé le Gros, mais plus justement appelé l’Éveillé, releva l'autorité royale. Modèle des chevaliers, toujours prêt à défendre le pauvre et l'orphelin, il fit, durant son règne de vingt-neuf ans, une guerre sans merci aux seigneurs pillards que les auteurs du temps comparent à des loups dévorants.

Louis VII (1137-1180).—Le roi Louis VII fut un prince moins habile que son père. Il fit une guerre contre le comte de Champagne. Dans cette guerre, l'église de Vitry fut brûlée et treize cents personnes périrent (1142). Louis VII, alors plein de repentir, voulut diriger une expédition en Terre Sainte. Ce fut la deuxième croisade, que prêcha saint Bernard, mais elle n'eut pas de brillants résultats.

Louis VII avait épousé une riche héritière, Eléonore d'Aquitaine. Mais, après la croisade, il la répudia. Le roi perdit ainsi la dot que la reine lui avait apportée, les plus belles provinces du Centre et du Midi, plus de treize de nos départements.

Eléonore épousa Henri Plantagenet,[5] comte d'Anjou, héritier de la Normandie et, quelques années après, roi d'Angleterre, sous le nom de Henri II. Une grande partie de la France (équivalant à vingt et un de nos départements) appartint alors aux rois anglais.

Philippe Auguste (1180-1223).—Le fils que Louis VII, après son divorce avec Eléonore, avait eu d'un autre mariage, Philippe, devait mériter le surnom d'Auguste. Arrivé au trône à l'âge de quinze ans (en 1180), il sut résister aux barons indociles comme au roi d'Angleterre, organiser ses domaines, et il compte parmi les plus grands rois. Philippe fit la guerre au roi d'Angleterre, Henri II, et soutint ses fils révoltés contre lui. L'un d'eux, Richard, était même devenu l'ami de Philippe, mangeait à sa table et combattait avec lui contre le roi Henri. Celui-ci étant mort en 1189, Richard lui succéda. D'abord rien ne parut changé. Philippe et Richard restèrent amis.