Après ces sanglantes défaites, Charles devient fou de fureur: il laisse croître sa barbe comme un sauvage, il s'enferme dans sa tente. Il apprend que la Lorraine s'est soulevée et que le duc René a repris sa capitale, Nancy. Il y court, malgré l'hiver, et périt dans un combat. On retrouva son corps à demi enfoncé dans la glace d'un ruisseau (1477).
Craint de tout le monde, Louis XI craignait lui-même tout le monde et s'enfermait dans son château de Plessis-lez-Tours, où des arbalétriers veillaient nuit et jour près des fossés avec ordre de tirer sur tout homme suspect qui approchait. Il semblait plutôt mort que vif, tant il était maigre; il faisait d'âpres punitions pour inspirer la terreur et de peur de perdre l'obéissance. Il avait soupçon de tout le monde, de son fils qu'il faisait étroitement garder, de sa fille, de son gendre. Il comblait de présents son médecin Coictier pour qu'il allongeât sa vie; il avait recours aux personnages renommés pour leur sainteté et fit venir d'Italie un ermite, saint François de Paule: il lui demandait la santé du corps plutôt que le repos de l'âme. «Le tout n'y fit rien, ajoute son historien Commines; il fallait qu'il passât par où les autres sont passés.»
Louis XI mourut en 1483, après avoir, dans ses dernières années, recueilli le riche héritage de la maison d'Anjou, c'est-à-dire le Maine, l'Anjou et la Provence.
Si Louis XI a laissé une sombre mémoire, il est juste de lui tenir compte de l'agrandissement du royaume, et surtout de la sécurité qu'il y rétablit. La sécurité ranima le commerce et Louis XI le facilita en améliorant les routes. Pour étendre son action sur les provinces les plus éloignées, il organisa les postes, d'abord des courriers qui ne servirent qu'à transmettre ses ordres, mais qui plus tard furent d'une grande utilité aux particuliers.
[CHAPITRE XI]
CHARLES VIII—LOUIS XII—FRANÇOIS Ier
Charles VIII (1483-1498).—Le fils de Louis XI était encore un enfant et les seigneurs crurent pouvoir profiter d'une minorité pour reprendre tout ce qu'ils avaient perdu. Une main de femme les contint. Mme de Beaujeu, fille de Louis XI, et qui avait ses qualités sans ses vices, mit à la raison les seigneurs déjà plus turbulents que redoutables; elle força à la soumission Louis, duc d'Orléans, le chef des mécontents, puis fit épouser à son jeune frère l'héritière d'un beau duché, Anne de Bretagne, et prépara ainsi la réunion à la France d'une grande province.
Nourri de romans de chevalerie, Charles VIII ne fut pas plus tôt le maître qu'il voulut monter à cheval, s'armer de la lance et imiter les fabuleux exploits des paladins de Charlemagne. Il résolut de faire valoir sur le royaume de Naples des droits qu'il tenait de la maison d'Anjou. Il partit en 1494 avec une belle armée, mais sans argent: il lui fallut emprunter aux petits princes italiens qui l'avaient appelé et lui facilitaient le passage.