L'épouvante que répandait chez des populations amollies l'arrivée des rudes guerriers du Nord, facilita singulièrement la route. Les Français passèrent les Alpes avec un attirail tout nouveau de canons. Arrivés en Italie, ils traversèrent sans combat les villes magnifiques de Florence et de Rome. Charles gagna Naples à petites journées, y entra sans effort et s'y montra avec tout l'appareil d'un empereur. Puis il ne pensa plus qu'aux fêtes et distribua héritières et héritages à ses barons.
Pendant qu'il s'amusait aux tournois, Maximilien d'Autriche, le roi d'Espagne Ferdinand le Catholique, Henri VII d'Angleterre, jaloux de la puissance française, se liguaient avec les princes du nord de l'Italie. Charles courait le risque d'être enfermé dans sa conquête. Averti à temps, il dut se hâter, reprit le même chemin, retraça presque les mêmes pas, et trouva la route barrée par les Milanais et les Vénitiens, à Fornoue, sur les bords de la rivière le Taro. Une bataille sérieuse s'offrait à lui; aussi attaqua-t-il avec ardeur et força le passage (juillet 1495).
Il n'eut pas le temps de recommencer cette expédition comme il le voulait, car trois ans après, s'étant heurté la tête contre une voûte au château d'Amboise, il mourut (1498).
Louis XII (1498-1515).—Louis XII, cousin et successeur de Charles VIII, se montra plus prudent, surtout dans sa politique intérieure, et épousa la veuve de Charles VIII pour retenir attaché au domaine royal le beau duché de Bretagne. Mais à l'extérieur, il montra la même légèreté que Charles VIII et n'eut d'yeux que pour l'Italie.
Afin d'obtenir plus sûrement le royaume de Naples, Louis XII le partagea avec le roi d'Espagne, Ferdinand le Catholique. Celui-ci, dès qu'il eut sa part, voulut prendre l'autre, et trompa honteusement Louis XII. Le roi, lorsqu'il apprit la trahison, avait chez lui le gendre de Ferdinand, Philippe le Beau; celui-ci pouvait craindre d'être gardé prisonnier. «Ne craignez rien, lui dit Louis XII, j'aime mieux perdre un royaume qu'on peut regagner, que l'honneur dont la perte est irréparable.»
Louis XII ne put regagner le royaume perdu, mais ces guerres d'Italie mirent en relief un grand nombre de vaillants capitaines: le plus illustre fut sans contredit le chevalier Bayard.
Le jeune Bayard n'avait pas dix-sept ans qu'il se mesura dans un tournoi avec un des plus redoutables chevaliers et sortit de cette épreuve à son honneur. A la bataille de Fornoue, il eut deux chevaux tués sous lui et rapporta une enseigne ennemie. Ce qui le faisait surtout aimer, c'est qu'on n'eût pu trouver de plus libéral ni gracieux combattant; s'il avait un écu, chacun en avait sa part.
Bayard prit part à toutes les guerres d'Italie et se signala par les exploits les plus hardis. Comme l'armée se tenait derrière une rivière, le Garigliano, les Espagnols paraissent tout à coup et cherchent à s'emparer d'un pont mal gardé. Bayard s'arme au premier tumulte; il voit une troupe de deux cents cavaliers qui venaient surprendre le pont, il se jette au-devant, tout seul, en disant à ses compagnons d'aller chercher du secours. Semblable à un lion furieux, Bayard met sa lance en arrêt et attaque la troupe qui était déjà sur le pont: plusieurs chancelèrent, deux hommes tombèrent dans l'eau. Néanmoins il fut assailli si rudement que sans sa grande bravoure il n'eût pu résister. Comme un tigre échauffé, il s'accula à la barrière du pont, de peur qu'on ne l'attaquât par derrière, et avec son épée il se défendit si bien que les Espagnols ne croyaient point que ce fût un homme. Les secours eurent le temps d'arriver. Bayard poursuivit l'ennemi, mais celui-ci reçut des renforts. Il fallut battre en retraite, et le vaillant chevalier, toujours le dernier, fut pris. Il se garda bien de se nommer: ses compagnons, s'apercevant de son absence, retournèrent le délivrer. N'ayant pas été désarmé, il sauta sur un cheval et se remit à l'œuvre en criant: «France! France! Bayard! Bayard que vous avez laissé aller!» Ce nom terrifia les Espagnols, qui s'enfuirent. Les Français s'en retournèrent tout joyeux d'avoir recouvré celui qu'ils appelaient «leur vrai guidon d'honneur.»
Malgré ses fautes et ses malheurs, Louis XII est un des rois dont la France a gardé la mémoire. En 1506 les États généraux de Tours lui avaient donné le beau nom de Père du peuple.
Les guerres d'Italie en effet se passaient au loin et occupaient surtout la noblesse. Le pays demeurait tranquille et prospère. Économe des deniers de ses sujets, le roi s'appliquait à alléger les impôts. «J'aime mieux, disait-il, voir les courtisans rire de mon avarice que le peuple pleurer de mes dépenses.» Ami de la justice qu'il s'étudia à réformer, il se montra le rigoureux ennemi de tous les pillards, grands ou petits: aussi, depuis ses justes sévérités, «nul, dit un écrivain du temps, n'eût rien osé prendre sans payer, et les poules couraient aux champs sans péril et sans risques.»