Au dehors, Richelieu défendait les intérêts de la France. «Jusqu'où allait la Gaule, disait-il, jusque-là doit aller la France.» Ce ne fut pas sa faute s'il ne réalisa pas cette parole: il en fut bien près. Il prit surtout part à la grande lutte qui armait alors une moitié de l'Europe contre l'autre, et connue dans l'histoire sous le nom de guerre de Trente Ans (1618-1648), lutte qui avait pour but d'empêcher l'Allemagne de devenir la proie de la maison d'Autriche.
Celle-ci avait déjà écrasé deux adversaires. Richelieu va en chercher un troisième au fond du Nord, le roi de Suède Gustave-Adolphe, un des plus grands capitaines de l'époque, «un soleil levant,» comme on l'appelait. Gustave-Adolphe se lance sur l'Allemagne, «fait une guerre à coups de foudre,» mais tombe bientôt enseveli dans un dernier triomphe à Lutzen (1632).
Mais dès la seconde campagne la France est envahie. La ville de Corbie est prise; l'effroi règne dans Paris. Déjà les bourgeois s'imaginaient voir arriver les Impériaux. Quelques-uns, collant l'oreille contre terre, prétendaient entendre le canon ennemi. Richelieu lui-même désespère. Son fidèle conseiller, le capucin Père Joseph, ranime son courage et l'engage à se montrer. Richelieu sort: il va à l'Hôtel de ville pour réclamer l'appui du peuple. Le patriotisme éclate. Les volontaires affluent et le maréchal de la Force reçoit leurs noms sur le perron de l'Hôtel de ville. L'armée marche sur Corbie, qui est repris aux Espagnols.
Même pendant qu'il épuisait sa vie à la poursuite de ces grands desseins, Richelieu avait encore à se défendre contre les intrigues et les complots. Il avait dû réprimer une révolte du comte de Soissons qui périt au combat de la Marfée (1641). Il lui fallut, aussi en 1642, donner encore un terrible exemple par le supplice d'un jeune seigneur, Cinq-Mars, qui avait conspiré et traité avec l'Espagne. Cinq-Mars fut décapité, à Lyon, avec son ami, le jeune de Thou, accusé seulement de ne pas l'avoir dénoncé et dont le sort inspira une juste pitié (12 septembre 1642).
Richelieu était déjà atteint de la maladie qui devait l'enlever quelques mois après. Il voyageait tantôt sur un bateau, tantôt, quand on ne pouvait naviguer, dans une vaste litière portée sur les épaules de ses gardes: cette litière était si vaste et si haute qu'on abattait devant elle des pans de murailles, les portes des villes et des édifices étant trop étroites pour lui donner passage; il arriva ainsi à Paris le 17 octobre, au milieu de la foule étonnée et terrifiée en présence d'un pareil triomphateur.
Cependant sa santé, minée par les travaux, par les soucis du pouvoir, faisait prévoir une fin prochaine. Louis XIII vint lui rendre visite et essaya de lui donner quelques consolations. «Sire, lui dit le cardinal, voici le dernier adieu. En prenant congé de Votre Majesté, j'ai la consolation de laisser son royaume plus puissant qu'il n'a jamais été et vos ennemis abattus.» Aux derniers moments, Richelieu, qui ne voulait plus être flatté, fit signe à celui des médecins en qui il avait le plus de confiance: «Parlez-moi, dit-il, à cœur ouvert, non en médecin, mais en ami.—Monseigneur, dans vingt-quatre heures vous serez mort ou guéri.—C'est parler, cela, dit Richelieu, je vous entends.» Et il se recueillit pour mourir. «Voilà mon juge qui doit bientôt prononcer mon arrêt, dit-il: je le supplie de me condamner si pendant mon ministère j'ai eu d'autre objet que le bien de l'État, le service de mon souverain, la gloire de Dieu et les avantages de la religion.» En entendant ces dernières paroles, l'évêque de Lisieux ne put s'empêcher de dire tout bas: «Voilà une assurance qui m'épouvante.» Richelieu expira le 4 décembre 1642.
Pierre Corneille (1606-1684.)—L'époque de Louis XIII est celle où la nation française est vraiment constituée. Dès ce jour aussi sa langue est formée et sa littérature arrive au plus haut point de la perfection avec le philosophe René Descartes et le poète Pierre Corneille.
Corneille était né à Rouen le 6 juin 1606; son père était avocat du roi au parlement de Normandie. L'aîné de sept enfants, Pierre fut placé de bonne heure au collège des Jésuites de la ville, et il fut reçu avocat comme son père. Mais sa vocation le portait vers la poésie et le théâtre. Sa tragédie, le Cid, fut accueilli avec un enthousiasme sans précédent. On ne pouvait se lasser de voir cette pièce; chacun en savait quelque partie par cœur; on la faisait apprendre aux enfants, et il était passé en proverbe de dire: Cela est beau comme le Cid.
En 1639 et 1640, Corneille écrivit encore Horace, Cinna, Polyeucte, trois chefs-d'œuvre. Sa vie, vouée tout entière à la culture des lettres, fut sans agitation extérieure, et ses dernières années s'écoulèrent dans la gêne et dans la tristesse. Il mourut à Paris, en 1684.