La Fronde.—Le ministre était moins heureux à l'intérieur. Mazarin ne ressemblait en rien à Richelieu. Doué de beaucoup d'esprit, actif, il était surtout souple et patient; il savait courber la tête devant l'orage, pour surnager ensuite «comme le liège qui revient sur l'eau.» Son titre d'étranger avait obligé Mazarin, comme la reine, à beaucoup donner au commencement de son ministère; la guerre vint encore ajouter à la pénurie du trésor épuisé.
Au mois de janvier 1649, la régente s'enfuit de Paris à Saint-Germain, où la cour coucha presque sur la paille, en plein hiver. Une guerre peu sérieuse commença, à laquelle on donna le nom d'un jeu d'enfants, la Fronde: Les Parisiens sortaient en campagne ornés de plumes et de rubans. Ils fuyaient dès qu'ils rencontraient deux cents hommes de l'armée royale. Tout se tournait en raillerie. Les troupes parisiennes, qui revenaient toujours battues, étaient reçues avec des huées et des éclats de rire... Les cabarets étaient les tentes où l'on tenait les conseils de guerre, au milieu des plaisanteries, des chansons et de la gaieté la plus dissolue.
On lisait autrefois l'histoire de la Fronde en riant, il faut en réalité la lire en pleurant. En plein dix-septième siècle, on peut se croire revenu aux guerres des Anglais ou aux luttes des Bourguignons et des Armagnacs.[8] Les terres sont tombées en friche sur beaucoup de points du royaume et des villages entiers abandonnés de leurs habitants; les routes couvertes de milliers de malheureux expirant de faim, l'infection répandue partout dans les campagnes par des cadavres sans sépulture. Dans les campagnes on ne laboure plus, ou on s'attroupe pour aller à la charrue en armes à cause des bandes de pillards et de soldats errants; en Picardie, des populations entières vivent dans des grottes ou dans des carrières; les loups se multiplient et prennent possession des villages déserts.
Saint Vincent de Paul.—Les misères que causa la guerre folle de la Fronde mirent en relief les vertus de saint Vincent de Paul qui avait voué sa vie aux œuvres de charité. Il avait déjà, sous le règne de Louis XIII, fondé la confrérie des Prêtres de la Mission pour évangéliser les campagnes, et institué la congrégation des Filles ou Sœurs de la Charité. Ému de compassion pour les nombreux enfants qu'on abandonnait, il les avait recueillis. Faisant appel à la générosité des puissantes familles qui le secondaient, il vit les plus grandes dames lui apporter leurs bijoux, leurs bracelets, leurs colliers et fonda l'Œuvre des Enfants-Trouvés (1638).
Mazarin mourut en 1661 après avoir apaisé les troubles au dedans et terminé les guerres au dehors. Il laissa à Louis XIV une autorité tellement absolue que jamais souverain en France n'en avait eu de semblable. Noblesse, Parlement, peuple, tout était aux pieds du roi.
Louis XIV et sa cour.—Louis XIV ne voulut plus de premier ministre. Quand on vint lui demander, à la mort de Mazarin, à qui il fallait s'adresser pour les affaires: «A moi,» répondit-il, et il commença, dès ce jour, à gouverner par lui-même.
Son éducation pourtant avait été fort négligée, mais il y suppléa par un esprit naturel. D'ailleurs sa taille, son port, son grand air, l'adresse et la grâce majestueuse de toute sa personne le faisaient distinguer au milieu de tous les autres hommes, selon une heureuse expression, comme le roi des abeilles. Il aima l'ordre et la règle. Il aima la gloire et la magnificence. Mais il imposa l'ordre et la règle jusqu'à la tyrannie; son amour de la gloire dégénéra en une ambition immodérée et son goût de la magnificence alla jusqu'à la profusion. La flatterie l'enivra à un tel point que sans la crainte du diable, dit dans ses Mémoires le duc de Saint-Simon, il se serait fait adorer.
Il réduisit les nobles à servir d'ornements à sa cour. Pour lui plaire, ils se jetèrent en des dépenses excessives en habits, en équipages, en bâtiments, si bien qu'il leur fallait, pour soutenir ce luxe, recourir à ses libéralités.
Afin de piquer l'émulation des seigneurs, Louis XIV multipliait les distinctions. Les uns avaient le droit d'entrer dans sa chambre dès son réveil et pendant qu'il s'habillait. Les autres n'entraient que plus tard. Le soir, quand il se couchait, il donnait le bougeoir à tenir à l'un des plus titrés et c'était une faveur; il fallait lui demander la permission de l'accompagner dans ses voyages. Il vivait ainsi au milieu de sa noblesse comme jadis les rois francs au milieu de leurs guerriers, avec cette différence que la politesse la plus raffinée avait remplacé la grossièreté barbare. Les courtisans épiaient jusqu'aux paroles, jusqu'au sourire du roi et se trouvaient honorés d'un regard.
Ministres et grands hommes.—Louis eut le bonheur de rencontrer et le mérite d'apprécier des ministres d'un rare génie. Colbert rétablit les finances, développa notre industrie et notre commerce. Louvois organisa l'armée. Vauban fortifia les places et perfectionna l'art de prendre les villes. Turenne, Condé ne demandaient qu'à gagner de nouvelles victoires.