Le courage avec lequel ils se servaient de ces armes et affrontaient la mort sous tous ses aspects, provenait aussi bien d'un de leurs dogmes religieux que de leur naturel hardi. Les Gaulois possédaient «la croyance la plus ferme et la plus claire de l'immortalité de l'âme: toutes leurs coutumes étranges ou naïves, touchantes ou cruelles, s'expliquent par cette foi.»

Une des principales fêtes de la religion gauloise était la récolte du gui, en l'honneur du dieu Hésus.

Le gui, plante parasite qui croît sur des arbres comme le pommier, mais rare sur le chêne, possédait, selon la croyance des druides, la vertu de guérir tous les maux. Chaque année, à la fin de l'hiver, les druides le cherchaient. Sitôt qu'ils l'avaient trouvé, le peuple accourait en foule. Le chef des druides, armé d'une faucille d'or, s'approchait de l'arbre chéri des dieux et coupait le gui sacré. On immolait deux taureaux sans tache, et la fête se terminait par de bruyants banquets.

Malheureusement, les animaux n'étaient pas toujours les seules victimes offertes en sacrifice. Les druides croyaient devoir, pour apaiser les dieux, leur immoler des hommes. Dans quelques tribus, dit-on, on remplissait d'hommes vivants de grands mannequins d'osier, on y mettait le feu, et les victimes, innocentes ou coupables, périssaient enveloppées par les flammes.

Peu de peuples furent aussi remuants que les populations gauloises. Les révolutions de leur pays les rejetaient toujours sur les contrées voisines, et leur humeur aventureuse les entraînait plus loin. Le soleil et les richesses de l'Italie les attirèrent dès l'année 400 avant Jésus-Christ. Vers l'an 390, une de leurs tribus, les Sénons, s'avancent jusqu'à Clusium en Étrurie; ils réclament des terres; une députation part de Rome pour jouer le rôle d'arbitre, mais elle oublie bien vite cette haute mission et combat au lieu de négocier. Un chef gaulois est même tué par un des députés: on demande à Rome réparation; le crédit dont jouit la famille du coupable empêche de faire droit à cette juste demande. Les Barbares marchent alors sur Rome et rencontrent l'armée romaine à une demi-journée de la ville, sur les bords de l'Allia. Frappés d'une terreur panique à la vue de ces sauvages ennemis, les Romains se débandent et courent se réfugier, partie dans la ville, partie dans les villes alliées. Bientôt les Gaulois arrivent: ils ne trouvent dans la cité que de vieux magistrats qui, ne voulant pas fuir et ne pouvant combattre, ont refusé de s'enfermer dans la forteresse du Capitole. Un des Barbares ayant touché la barbe du vieux Papirius, celui-ci le frappe de son bâton; le Gaulois irrité le tue, et dès lors commence le massacre; bientôt l'incendie le suit et dévore une cité déjà grande qui comptait plus de trois siècles d'existence.

La citadelle, où tous les hommes qui savent tenir une épée ont accouru pour défendre la patrie, est assiégée; un jour même, sans le cri des oies consacrées à la déesse Junon, qui réveillent le brave Manlius et quelques amis, le Capitole était pris. Les Romains parviennent à repousser cette attaque, mais épuisés, sans vivres, ils se rendent. Pour peser la rançon de mille livres d'or, les vainqueurs apportèrent de faux poids, et leur chef ne répondit aux réclamations qu'en jetant encore dans la balance sa lourde épée, puis son baudrier, et en répétant le mot qui retentit souvent dans l'antiquité, où l'on ne connaissait guère la pitié: «Malheur aux vaincus!» (390 avant Jésus-Christ). Un vaillant chef, Camille, accourut de l'exil, fit honte aux Romains de leur lâcheté, rompit tout traité et mit en fuite l'armée gauloise. C'est du moins le récit de l'historien de Rome, Tite Live, qui a voulu, adoptant la tradition populaire, couvrir une défaite réelle par une victoire tardive et douteuse.

Longtemps encore les Gaulois furent la terreur de Rome, et cette fameuse république n'acheva que deux siècles plus tard la soumission de ceux qui occupaient le nord de l'Italie. Les Romains passèrent ensuite les Alpes, formèrent d'abord une province en Gaule, et à partir de l'année 125, y fondèrent deux villes, Aix et Narbonne.

Puis, un grand capitaine, Jules César, soumit presque tous les peuples gaulois, de 58 à 52 avant Jésus-Christ. Dans la dernière année seulement, les Gaulois comprirent la nécessité de l'union et, conduits par Vercingétorix, essayèrent de repousser l'ennemi commun. Mais, après une année de lutte, ils essuyèrent, sous les murs d'Alésia, une défaite irrémédiable.

Les Gaulois, inférieurs aux Romains en discipline, en science militaire, ne surent pas en outre s'entendre pour leur résister. Jules César battit les différents peuples les uns après les autres, et en 53 avait à peu près soumis la Gaule.