Mais un peuple qui, de l'aveu de ses ennemis, s'était placé au-dessus de tous les autres par sa vertu guerrière, ne pouvait, sans une vive douleur, subir le joug des Romains. Au fond des bois, les plus importants personnages des cités se réunissent; ils jurent sur les enseignes militaires de combattre et de mourir plutôt que de perdre la gloire et la liberté qu'ils ont reçues de leurs pères. Les Carnutes (habitants de Chartres) doivent donner le signal, et la révolte éclate, à la fin de l'année 53, par le massacre des Romains établis dans la ville de Genabum (Gien ou Orléans), sur les bords de la Loire.

En un jour la nouvelle de ce massacre arrive, transmise par des cris dans les campagnes, jusqu'aux monts d'Auvergne, à Gergovie (près de la ville actuelle de Clermont).

Là vivait un jeune homme d'une noble et puissante famille, Vercingétorix. Son père avait tenu le premier rang dans la Gaule, et ses concitoyens l'avaient fait mourir parce qu'il aspirait à la royauté. Le fils n'en avait pas moins gardé une foule d'amis et de clients, qu'il enflamma de son amour de la patrie et à la tête desquels il se rendit maître de Gergovie. Puis il envoya des députés pour déterminer les peuples de la Gaule à se soulever: presque tous répondirent a son appel.

Nommé seul chef des peuples gaulois, Vercingétorix tint tête une année entière aux armées romaines. César même fut battu sous les murs de la ville de Gergovie dont il avait essayé de s'emparer. Mais le général romain reprit l'avantage et força enfin Vercingétorix à se réfugier dans la ville d'Alésia ou Alise.

Située sur une colline, la cité d'Alise ne pouvait guère être enlevée d'assaut. César résolut de la prendre par la famine. Les soldats romains, exercés aux plus durs travaux, creusèrent autour de la colline d'Alise des fossés et construisirent un retranchement protégé en avant par de grands rameaux fourchus. En outre, vingt-trois tours placées de distance en distance le défendaient.

Vercingétorix appela à lui tous les peuples de la Gaule. Deux cent quarante mille guerriers accoururent pour le délivrer. Mais César avait prévu cette attaque. De même qu'il avait creusé des fossés du côté de la ville, il en avait fait creuser aussi du côté de la campagne et se trouvait garanti en avant et en arrière. Vainement les Gaulois d'Alise descendirent de leur colline pour combattre les Romains, tandis que l'armée gauloise du dehors les attaquait. Assaillis de toute part, mais bien abrités, les Romains résistèrent de toute part. Après une bataille qui se prolongea trois jours, la grande armée gauloise fut vaincue, presque anéantie.

Désormais sans espoir, épuisés par la famine, les défenseurs d'Alise se rendirent à César. Alors un cavalier, paré comme pour la bataille, sortit de la ville. Il alla droit à un tertre de gazon où s'élevait le tribunal de César, en fit le tour, s'arrêta devant le vainqueur, jeta ses armes à ses pieds et garda le silence. C'était Vercingétorix, qui se livrait aux Romains pour qu'on épargnât la ville. Les principaux chefs gaulois le suivaient (52 avant Jésus-Christ). Sans se laisser toucher par une si grande infortune, César les fit tous enchaîner et jeter en prison. Il emmena plus tard à Rome Vercingétorix, le promena en triomphe et le fit décapiter.

La résistance ayant cessé, César se montra moins rigoureux: il ménagea les Gaulois pour les tributs (près de 8 millions de francs seulement), et encore ce tribut fut déguisé sous le nom de solde militaire. Il engagea à tout prix leurs meilleurs guerriers dans ses légions; il en composa une tout entière dont les soldats portaient sur leurs casques une alouette, d'où son nom, légion de l'Alouette. On ne peut dire s'il eût mieux valu pour la Gaule garder sa propre civilisation et son indépendance; mais sous la domination de Rome, elle s'initia bien vite aux arts, à la riche culture, à l'esprit, au raffinement des Grecs et des Romains.

Les Romains avaient, à côté des cirques, construit des écoles où les jeunes Gaulois se pressaient aux leçons de maîtres célèbres. Les Gaulois d'ailleurs rivalisèrent bientôt avec leurs maîtres dans les sciences et dans les arts: ils ne parlèrent plus que la langue latine, qui, persistant à travers les siècles, a contribué à former la langue française.