Louis XVI comprenait peu les progrès politiques à réaliser, mais il avait un désir sincère d'améliorer la condition du peuple: il encouragea toutes les inventions, toutes les découvertes utiles. Il fut un des premiers à comprendre l'utilité de la vaccine et à la défendre contre les préjugés. Il encouragea et seconda Parmentier qui s'efforçait de répandre l'usage de la pomme de terre; pour vaincre le dédain des courtisans, il fit servir sur sa table ce mets aujourd'hui populaire et porta à sa boutonnière la fleur de cette plante méprisée.
Louis XVI, pour éviter de grands malheurs, n'aurait eu qu'à soutenir de son autorité les deux hommes de bien qu'il avait d'abord fait entrer au ministère, Malesherbes et Turgot. Malesherbes voulait réformer la justice, donner des défenseurs aux accusés, rendre aux protestants la liberté de conscience et à tous les Français la sûreté de leur personne par la suppression des lettres de cachet.
Turgot, déjà renommé par l'habileté qu'il avait déployée dans l'administration du Limousin, voulait proclamer la liberté du commerce et de l'industrie alors gênés par une foule d'entraves. Afin de prévenir les famines trop nombreuses dans le cours du dix-huitième siècle, il rendit libre le commerce des grains et améliora la navigation intérieure. Mais ces réformes soulevaient contre lui tous les privilégiés qu'elles blessaient.
Malesherbes, le premier, donna sa démission au roi, qui lui dit: «Vous êtes plus heureux que moi, vous pouvez abdiquer.» Turgot attendit d'être renvoyé. Louis XVI eut la faiblesse de congédier un ministre dont il avait dit: «Il n'y a que Turgot et moi qui aimons le peuple.»
Guerre d'Amérique (1778-1783).—La guerre d'Amérique vint un moment faire diversion aux difficultés intérieures. Les colonies, que l'Angleterre avait fondées au delà de l'Atlantique, s'étaient soulevées et avaient, en 1776, proclamé leur indépendance.
Un planteur devenu général, Washington, dirigeait les armées. Franklin, autre grand citoyen, homme aussi savant que vertueux, qui a inventé le paratonnerre et travaillé à la délivrance de sa patrie, vint solliciter les secours de la France. Le jeune marquis de La Fayette alla le premier offrir son épée à Washington. Louis XVI envoya 8000 hommes sous la conduite de Rochambeau, un des brillants élèves du maréchal de Saxe (1778). A cette troupe vinrent se joindre en volontaires bon nombre de gentilshommes. Une lettre de La Fayette à sa femme, qui désirait le voir revenir (6 janvier 1778), montre qu'à côté de l'exaltation du jeune marquis, il y avait une haute raison: «L'abaissement de l'Angleterre, écrit-il, l'avantage de ma patrie, le bonheur de l'humanité, qui est intéressée à ce qu'il y ait dans le monde un peuple entièrement libre, tout m'engage à ne pas quitter.»
La France, dont la marine s'était relevée, ouvrit glorieusement les hostilités. Un combat naval indécis près d'Ouessant étonna l'Angleterre; une tempête seule empêcha notre flotte, unie à une escadre espagnole, de débarquer à Plymouth et d'attaquer l'Angleterre jusque dans son île. Les flottes françaises avec d'Estaing et le comte de Grasse, dont ses matelots disaient: «Il a six pieds, et six pieds un pouce les jours de bataille,» dominèrent dans les mers des Antilles. L'amiral de Grasse vint concourir au plan formé par Washington, Rochambeau et La Fayette, de cerner l'armée anglaise de lord Cornwallis dans York-Town. Conduite par La Fayette avec une prudence et une fermeté qu'on n'eût pas attendues d'un jeune général de vingt-quatre ans; secondée par la bravoure des soldats d'un fameux régiment commandé par Rochambeau, l'entreprise réussit complètement et l'armée anglaise se rendit (1781). Ce fut le salut des Américains.
Les États généraux (5 mai 1789).—La guerre d'Amérique, entreprise pour la liberté d'un peuple, avait, en France, excité les désirs de liberté; de plus elle avait coûté cher et accru le déficit dans les finances. Pour sortir des embarras financiers, Louis XVI rappela Necker, habile banquier genevois. Necker cependant ne pouvait rétablir l'équilibre entre les recettes et les dépenses sans remédier aux abus, sans demander des réformes politiques. Il voulut porter la lumière dans l'administration en publiant le budget. Il se rendit impopulaire et fut disgracié. Sa retraite mécontenta l'opinion déjà toute puissante.
La reine Marie-Antoinette, qui était Autrichienne et qui gardait à la cour de France la fierté de sa maison, était déjà regardée comme l'âme du parti qui s'opposait aux réformes. Elle fit donner le contrôle des finances à un dissipateur, Calonne, qui, pour faire croire l'État plus riche, dépensait beaucoup. Le moment vint enfin où il fallut avouer qu'on ne pouvait aller plus loin.
Calonne céda la place à Loménie de Brienne, qui se montra encore moins capable de remédier au mal, et il fut lui-même obligé de proposer au roi la convocation des États-Généraux.