Louis XVI, apprenant la prise de la Bastille, s'écria: «C'est donc une révolte?—Dites une révolution, sire,» lui répondit-on. Comptant encore sur le prestige de la royauté, il se rendit à Paris. Il y fut bien accueilli, mais par une population en armes. Bailly, nommé maire de Paris, lui présenta les clefs de la ville, offertes jadis à Henri IV. «Ce bon roi, dit-il, avait conquis son peuple; c'est aujourd'hui le peuple qui a reconquis son roi.» Louis XVI confirma la nomination de Bailly comme maire et du marquis de La Fayette comme chef de la milice bourgeoise ou garde nationale. Il mit à son chapeau la cocarde bleue et rouge des Parisiens. La Fayette y ajouta ensuite le blanc, couleur de la royauté: ce furent désormais les trois couleurs nationales, la cocarde tricolore. «Prenez-la, sire, disait-il à Louis XVI: voilà une cocarde qui fera le tour du monde.» Il disait vrai.

Tous ces événements excitèrent une vive agitation dans les provinces. Les paysans, las du régime féodal, se précipitèrent sur les châteaux, les abbayes, qui étaient leurs bastilles. Alors l'Assemblée résolut de calmer cette effervescence par des décisions promptes et hardies. A la séance de nuit du 4 août, le comte de Noailles déclare que le grand moyen, c'est de donner satisfaction au peuple en abolissant le régime féodal. Aussitôt seigneurs, évêques, députés des villes se succèdent à la tribune et viennent tous, au milieu des applaudissements, renoncer à leurs privilèges. On décréta en quelques heures la destruction du régime féodal qui durait depuis tant de siècles. On rivalisait de générosité. On s'embrassait au milieu de la joie universelle. Il semblait qu'une France nouvelle fût née en cette nuit mémorable du 4 août, qui est restée la plus belle date de la Révolution.

Les journées des 5 et 6 octobre.—Au mois d'octobre, des démonstrations imprudentes de la cour et la famine amènent un nouveau soulèvement de la capitale.

La population de Paris marche le 5 octobre sur Versailles, les femmes en tête, portant des armes et criant: «Du pain! du pain!» Le roi accueille une députation et promet de prendre les mesures qu'on lui demande. Bientôt la nuit, la pluie, la fatigue dispersent les attroupements. La Fayette cependant, qui n'avait pu arrêter cette invasion, la suivait pour la contenir avec la garde nationale. Il n'arriva à Versailles que pendant la nuit, et eut bien de la peine à parler à Louis XVI, car dans ces moments de danger on respectait encore les lois de l'étiquette. Vers le matin, voyant la foule réfugiée dans les abris qu'elle avait pu rencontrer, et tranquille, il se retire, épuisé de fatigue. Il commençait à peine à reposer qu'on vint lui dire que le palais était forcé.

Le 6 octobre, vers les sept heures du matin, les bandes d'hommes et de femmes qui rôdaient depuis la veille autour du château, trouvèrent enfin le moyen de s'introduire, non seulement dans les cours, mais dans les appartements. Des gardes qui cherchaient à les arrêter sont massacrés. Tremblante, la reine se réfugie auprès du roi. Les gardes défendent vaillamment sa chambre et se font tuer. Le plus affreux pillage commençait, et les scènes les plus sanglantes allaient avoir lieu, quand La Fayette, averti, accourt. Il pénètre dans le château et fait évacuer les appartements. Mais la foule rassemblée dans la cour demandait que le roi vînt à Paris. Il fallut que Louis XVI se montrât et promît d'y aller. La famille royale se dirigea vers Paris au milieu de cette foule qui témoignait par les cris les plus grossiers de sa joie farouche. Le roi fut dès lors comme prisonnier dans sa capitale et se trouva à la merci des émeutes. L'Assemblée vint à son tour se fixer à Paris et s'installa dans la salle du Manège, près du jardin des Tuileries. Déjà elle avait fixé les principes sur lesquels elle entendait établir le gouvernement, dans une Déclaration célèbre dite des droits de l'homme. Ces principes, ou vérités premières, appelés les principes de 1789, établissaient la souveraineté du peuple, l'égalité, la liberté de tous les citoyens.

Mirabeau (1749-1791).—L'Assemblée, dans ses travaux, avait été souvent dominée par la grande voix de Mirabeau, l'orateur le plus éloquent qu'on eût encore vu à la tribune. Dès les premières séances des États généraux il se fit remarquer par son rare talent d'orateur. Il prit une part active et décisive aux grandes discussions de l'Assemblée constituante. Toutefois la marche rapide de la Révolution l'effraya. Dans l'hiver de 1790 à 1791 il guida la cour et s'efforça de raffermir le trône que sa voix puissante avait ébranlé. Sa popularité en reçut de vives atteintes, et des publications hostiles le dénonçaient comme traître. L'orateur n'en parut point affecté et à la tribune accabla de son mépris ses accusateurs.

Bientôt cependant Mirabeau, vieux avant l'âge (il avait quarante-deux ans), épuisé par les excès de deux années d'un travail prodigieux, sentit son corps défaillir et plier sous le poids de son âme énergique. Il mourut le 2 avril 1791.

La fuite de Varennes.—Louis XVI, privé des conseils et de l'appui de Mirabeau, ne compta plus que sur la force pour arrêter la Révolution: il voulut aller rejoindre une petite armée qu'on lui préparait dans le Nord, et tout fut disposé pour la fuite. Le 20 juin 1791, à minuit, le roi, la reine, la sœur du roi, Madame Élisabeth, sortent, les uns après les autres et déguisés, par une porte dérobée du palais des Tuileries. Ils se réunissent ensuite, non sans peine, et parviennent à sortir de Paris. Une berline à six chevaux les entraîna rapidement sur la route de Châlons, où les fugitifs arrivèrent heureusement. Ils continuèrent leur route vers Montmédy, où les attendait une petite armée commandée par le marquis de Bouillé.