Mais à Sainte-Menehould le roi, qui commettait l'imprudence de mettre trop souvent la tête à la portière, fut reconnu, tandis qu'on changeait les chevaux, par le fils du maître de poste, Drouet. N'ayant point le temps de le faire arrêter, Drouet saute sur un cheval et court à Varennes prévenir les autorités. Quand la voiture arrive, au milieu de la nuit, on demande le passeport: il faut descendre. Les gardes nationales averties arrivèrent; on força le roi à remonter dans la voiture, qui reprit le chemin de Paris. A ce moment les dragons de Bouillé apparaissaient auprès de Varennes, mais il était trop tard.
Le retour dura huit jours; la voiture marchait au pas, au milieu des gardes nationales qui l'escortaient et par une chaleur accablante. Trois députés, envoyés par l'Assemblée, accompagnaient la famille royale, pour la surveiller. L'entrée à Paris fut morne et silencieuse, le roi fut plus que jamais captif aux Tuileries.
L'Autriche et la Prusse, excitées par les émigrés, déclaraient vouloir rétablir le roi dans son autorité absolue, et la guerre étrangère s'ajouta à la guerre civile. La France fut envahie par les Prussiens. L'Assemblée décrète aussitôt que la patrie est en danger, et le 22 juillet 1792 la proclamation en est faite avec un appareil imposant. D'heure en heure le canon tonnait en signe d'alarme; un cortège militaire, portant des bannières avec des inscriptions, parcourut la ville de Paris, s'arrêtant sur les places pour lire le décret de l'Assemblée. Huit amphithéâtres avaient été dressés sur différents points: une table posée sur deux caisses de tambour y servait de bureau aux officiers municipaux pour inscrire les noms des citoyens qui demandaient à rejoindre les armées. Les volontaires affluaient et se faisaient inscrire au milieu des applaudissements. On compta cinq mille enrôlements en deux jours. Ces soldats improvisés, indisciplinés, causèrent d'abord beaucoup d'embarras; mais, encadrés dans les vieux régiments, ils ne tardèrent pas à montrer une grande solidité.
Mais bientôt le péril grandit. Les Prussiens s'emparaient de Longwy, de Verdun. Alors les ministres décrètent la formation de plusieurs camps, on convertit les cloches en canons, les fers des grilles en piques; on arrête en masse toutes les personnes suspectes, c'est-à-dire soupçonnées de rester attachées à la royauté; les prisons se remplissent de nobles, de prêtres. Puis des bandes organisées et payées par quelques chefs, sans que les ministres cherchent à s'y opposer, se précipitent dans les prisons et égorgent en foule les prisonniers de tout âge et de tout rang (3, 4, 5 et 6 septembre).
Victoire de Valmy.—Des massacres ne sauvent pas un pays. Ce qui le délivra, ce fut l'ardeur des volontaires qui, joints aux vieux régiments, arrêtèrent l'ennemi. Les Prussiens avaient surpris les défilés des montagnes de l'Argonne et se préparaient à envahir la Champagne. Dumouriez essaya encore une fois de les arrêter: il se posta près de Sainte-Menehould et occupa les hauteurs où l'on remarquait le moulin de Valmy. Il garnit ces hauteurs d'artillerie et attendit de pied ferme les Prussiens qui, commandés par le duc de Brunswick, tentèrent de les escalader. Immobiles dans leurs lignes, les Français accueillirent l'ennemi par un feu terrible, aux cris de Vive la nation! Les Prussiens reculèrent et attendirent un corps autrichien qui arrivait: les alliés donnèrent un nouvel assaut vers le soir; ils se heurtèrent à la même résistance et battirent en retraite (20 septembre 1792). La Champagne ou plutôt la France entière était délivrée. Le canon, qui annonçait cette victoire, annonçait en même temps l'ouverture de la Convention.
[CHAPITRE XVII]
LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
La Convention.—La Convention, la troisième Assemblée depuis 1789, se réunit le 21 septembre 1792. Elle abolit la royauté, proclama la République, mais en réalité concentra en elle-même tous les pouvoirs. Ses membres faisaient les lois, et, divisés en comités, s'étaient partagé l'administration.