Deux grands partis s'étaient tout de suite dessinés au sein de la Convention: les Girondins et les Montagnards. Les Girondins, ainsi nommés, parce qu'ils avaient pour chefs plusieurs députés de la Gironde,[11] Brissot, Pétion, Vergniaud, Guadet, etc., croyaient la Révolution terminée et prêchaient la modération. Les Montagnards, ainsi appelés parce qu'ils étaient groupés sur les bancs les plus élevés, avaient pour chefs les députés de Paris, Robespierre, Danton, Marat, etc. Ils voulaient, au contraire, pousser plus loin les changements et demandaient des mesures terribles pour effrayer les ennemis de la Révolution.
Procès et mort de Louis XVI.—La découverte d'une armoire de fer cachée dans un mur des Tuileries venait de révéler les correspondances de la cour avec l'émigration et l'étranger. Les Montagnards demandèrent la mise en accusation de Louis XVI et disaient qu'il fallait «jeter en défi aux souverains une tête de roi.» La Convention instruisit le procès du roi. Malesherbes, âgé de 72 ans, s'offrit pour servir de conseil au prince qu'il avait servi et aida les avocats Tronchet et de Sèze. Louis XVI, touché de ce dévouement, lui dit: «Votre sacrifice est d'autant plus généreux que vous exposez votre vie et que vous ne sauverez pas la mienne.» Héritier malheureux de haines accumulées depuis un siècle, Louis XVI fut condamné à mort, malgré l'éloquente défense de l'avocat de Sèze. «Je cherche en vous des juges, s'écria-t-il avec véhémence, et je ne vois que des accusateurs!» La majorité de la Convention se prononça pour la mort.
Le roi, qui dans sa prison du Temple avait gardé la plus sereine résignation, monta avec calme et dignité sur l'échafaud dressé sur la place Louis XV devenue place de la Révolution, et aujourd'hui place de la Concorde (21 janvier 1793). «Je meurs innocent, s'écria-t-il, de tous les crimes qu'on m'impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France.» Il allait en dire davantage lorsqu'un roulement de tambours couvrit la voix de Louis XVI qui se livra aux exécuteurs.
La Terreur.—Maîtres du pouvoir, les Montagnards déployèrent contre les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur une énergie farouche. Le pouvoir se trouva bientôt concentré entre les mains du Comité de salut public. Maximilien Robespierre ne tarda pas à devenir l'âme de ce comité redoutable qui, pendant quatorze mois, fit planer sur la France une terreur profonde. Le Tribunal révolutionnaire devint impitoyable. Le général Custine, pour avoir été malheureux, fût traîné à l'échafaud. La reine Marie-Antoinette refusa de se défendre contre d'infâmes calomnies. Condamnée à mort dans la nuit du 16 octobre 1793, après une séance de vingt heures et le matin même, elle fut conduite au supplice dans la charette ordinaire sous le feu des insultes. Vingt-deux Girondins, parmi lesquels des orateurs du plus grand talent, périrent ensuite, soutenant mutuellement leur courage par des chants patriotiques. Mme Roland, femme d'un ancien ministre, et du parti de la Gironde, s'écria sur l'échafaud, en saluant une statue de la liberté: «O liberté, que de crimes on commet en ton nom!» Le duc Philippe d'Orléans, qui s'était rallié à la Révolution et avait voté la mort de Louis XVI, n'échappa point lui-même au supplice, ainsi que Bailly, un des savants renommés du temps, le vénérable président de l'Assemblée constituante, le premier maire de Paris.
Le 9 thermidor.[12]—La terreur n'avait cessé d'aller en croissant dans les premiers mois de l'année 1794. Chaque jour des charrettes emmenaient des victimes vers la barrière du Trône, où l'échafaud était en permanence. Ces cruautés firent horreur, d'autant plus qu'à ce moment les périls extérieurs disparaissaient, grâce aux victoires des armées.
Robespierre devint l'objet de l'animadversion générale, et, le 9 thermidor, les députés de la Convention, secouant le joug de la peur, l'attaquèrent en face. Épuisé par les efforts qu'il faisait pour parler au milieu des clameurs, Robespierre pouvait à peine respirer. La Convention enfin le fit arrêter avec son frère et ses collègues, Couthon, Lebas, Saint-Just.
Robespierre toutefois ne tarda pas à être délivré par ses partisans les chefs de la Commune de Paris. Il se rendit à l'Hôtel de ville pour préparer une insurrection. Mais la Convention appela à elle la garde nationale: des bataillons fidèles se dirigèrent pendant la nuit sur l'Hôtel de ville, qui bientôt se trouva cerné. Robespierre se tira un coup de pistolet qui lui brisa la mâchoire. Après avoir passé toute la matinée du 10 étendu sur une table, il fut porté tout meurtri à l'échafaud avec vingt-deux de ses amis. Le lendemain, on exécuta encore soixante-dix de ses partisans, et cette sanglante hécatombe fut une digne fin de la Terreur.
Le Directoire (27 octobre 1795-9 novembre 1799).—La Convention avait organisé un nouveau gouvernement républicain qui se composait de deux Chambres distinctes, le Conseil des Anciens et le Conseil des Cinq-Cents. Le pouvoir exécutif était composé de cinq membres qui formaient le Directoire. Divisé, mal obéi, le Directoire s'épuisa en luttes incessantes contre les partis, il ne put se soutenir qu'en ayant recours à des coups d'État et devait périr lui-même victime d'un coup d'État.
Cette époque eut un caractère particulier de licence qui s'explique par les terribles épreuves qu'on avait subies. La société s'abandonnait au luxe, aux fêtes avec une liberté que ne gênait plus l'ancienne distinction des classes et qui rappelait celle de la Régence.[13]
Le général Bonaparte.—Mais l'intérêt de l'histoire se porte au dehors; les armées françaises passent de tous les côtés les frontières pour triompher de l'Autriche toujours en armes et toujours soutenue par l'Angleterre. Le général Bonaparte étonne alors le monde par ses victoires et cherchera bientôt à le dominer.