Né à Ajaccio le 15 août 1769, il était le second de huit enfants. A l'âge de dix ans, son père le fit admettre à l'école de Brienne, où les jeunes gentilshommes recevaient les principes d'une éducation militaire. Bientôt il se fit remarquer par son ardeur pour l'étude et surtout par son goût pour les mathématiques. Son amour-propre était vif. Condamné un jour à dîner à genoux au réfectoire, avec la robe de bure, il s'évanouit. On raconte aussi que manifestant un goût précoce pour les combats, il faisait élever des retranchements de neige par ses camarades.
Au bout de cinq ans, il passa à l'école militaire de Paris. Réservé, taciturne, absorbé dans ses études ou ses lectures, il étonna bientôt ses maîtres: «Corse de nation et de caractère, disait son professeur d'histoire, il ira loin si les circonstances le favorisent.» Il sortit de l'école lieutenant dans un régiment d'artillerie; dès les premiers jours de la Révolution il se montra favorable aux idées nouvelles. Mais sa carrière militaire ne commença qu'au siège de Toulon.
C'était en 1793, au milieu des plus grands périls de la France. Les généraux envoyés par la Convention s'efforçaient en vain de reprendre Toulon, tombé au pouvoir des Anglais. Le commandement de l'artillerie est donné à Bonaparte, qui n'avait encore que vingt-quatre ans. Lorsqu'il arriva, le général Carteaux lui dit: «C'était bien inutile: nous n'avons plus besoin de rien pour reprendre Toulon. Cependant soyez le bienvenu; vous partagerez la gloire de le brûler demain sans en avoir eu la fatigue.» Puis il le conduisit vers les travaux. Le commandant d'artillerie aperçoit alors quelques pièces de canon, mais elles se trouvaient à une distance beaucoup trop éloignée. Survient le représentant du peuple, commissaire de la Convention. Bonaparte se redresse, l'interpelle, lui démontre l'ignorance inouïe de tous ceux qui l'entourent, et le somme de lui faire donner la direction absolue de sa besogne. De ce jour il eut en réalité la direction du siège, et Toulon ne tarda pas à être enlevé. Ce brillant fait d'armes attira sur lui les regards, et le général Dugommier apprécia le mérite de Bonaparte. «Récompensez ce jeune homme, disait-il, car si l'on était ingrat envers lui, il s'avancerait de lui-même.»
La révolution du 9 thermidor vint pourtant arrêter sa carrière. Un moment il fut emprisonné, on le mit bientôt en liberté, mais on le priva de son commandement. Alors il vint à Paris, où il reclamait en vain, dans les bureaux de la guerre, la place qui lui était due. Aubry, membre du comité, la lui refusait. «Vous êtes trop jeune.—On vieillit vite sur le champ de bataille, répliqua Bonaparte, et j'en arrive.» Il resta quelque temps à Paris presque sans resources. Dévoré d'un immense besoin d'activité, Bonaparte sollicita la faveur d'aller en Turquie, comptant régénérer l'Orient. Il allait partir lorsque, le 13 vendémiaire (5 octobre 1795), la Convention, attaquée par les royalistes, l'appela pour la défendre sous les ordres de Barras. Bonaparte prit des mesures énergiques, d'habiles dispositions et triompha de l'insurrection. On lui donna le commandement de l'armée de l'intérieur.
Un jeune enfant de douze ans vint un jour, lorsqu'on avait ordonné le désarmement, réclamer l'épée de son père, le général de Beauharnais, mort sur l'échafaud. On la lui rendit; l'enfant pleura à la vue de cette épée. Bonaparte, touché de ce sentiment, le combla de caresses. Sur le récit qu'il fit à sa mère de l'accueil qu'il avait reçu, Mme de Beauharnais, Joséphine Tascher de La Pagerie, encore dans tout l'éclat de la jeunesse, alla remercier Bonaparte. A quelque temps de là leur mariage fut conclu; mais le général courut vite prendre le commandement, vivement désiré, de l'armée d'Italie.
La campagne d'Italie (1796-1797).—Bonaparte, en arrivant à l'armée d'Italie, ranime tout de suite les soldats par une énergique proclamation: «Soldats, leur dit-il, vous êtes mal nourris et presque nus; votre patience et votre courage vous honorent, mais ne vous procurent ni gloire ni avantage; je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde; vous y trouverez de grandes villes, de riches provinces; vous y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d'Italie, manqueriez-vous de courage?»
Il franchit les Alpes au point où elles sont le plus bas; puis de victoire en victoire, à Montenotte, Mondovi, Lodi il s'avance dans les belles plaines de la Lombardie. Il triomphe encore des Autrichiens à Castiglione, puis à la célèbre bataille d'Arcole.
Les Autrichiens cependant n'abandonnent pas l'Italie. Bonaparte les bat encore à la fameuse journée de Rivoli (14 janvier 1797), s'avance toujours plus loin et se dirige vers les Alpes pour entrer en Autriche.
Il franchit de nouveau les Alpes, à leur autre extrémité, à l'est, par le col de Tarwis, et menace la capitale de l'Autriche. Les Autrichiens l'arrêtent alors en acceptant la paix de Campo-Formio.