Les armées d'Allemagne avaient été moins heureuses. Mais, en 1796, le général Moreau s'était distingué par une retraite demeurée justement célèbre. Il avait traversé l'Allemagne pour rentrer en France sans perdre ni un drapeau, ni un canon, ni une voiture. Cette armée se prépara à recommencer la campagne avec une autre qui fut confiée au général Hoche, l'un des hommes qui ont laissé la renommée la plus pure.

Hoche et Marceau.—Hoche, né à Versailles, en 1768, était sergent au moment où éclata la Révolution. Il avança rapidement; à 25 ans, il commandait en chef l'armée de la Moselle, et délivra l'Alsace. Le plus brillant avenir s'ouvrait devant lui. Il comptait traverser l'Allemagne pour joindre Bonaparte sous les murs de Vienne. Il débuta par de brillants succès au commencement de l'année 1797; mais, quelques mois après il mourait prématurément à l'âge de 29 ans.

Son émule et son ami, Marceau, né à Chartres, s'était distingué et était mort l'année précédente, plus jeune encore. Soldat à seize ans, général à 22 ans, il vainquit dans les champs de Fleurus, sur les bords de la Moselle et du Rhin, et, à 27 ans, il tombait frappé d'une balle ennemie. Les Autrichiens, qui l'estimaient, lui rendirent les honneurs funèbres dans leur camp et renvoyèrent solennellement son corps à l'armée française désolée. Sur le monument qu'on lui a élevé à Coblentz on lit encore: «Qui que tu sois, ami ou ennemi, de ce jeune héros respecte les cendres.»

Expédition d'Égypte (1798-1799).—Restait à dompter l'Angleterre. Bonaparte, pour la frapper dans son commerce, fit décider l'expédition d'Égypte, par laquelle il menaçait la route des Indes. Le jeune général part avec trente mille hommes pour conquérir un vaste et riche pays. Il débarque à Alexandrie (1er juillet 1798), traverse le désert et paraît devant les Pyramides, les plus grands et les plus anciens monuments qui soient sortis de la main des hommes. «Songez, s'écria Bonaparte, en les montrant à ses soldats, songez que du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent!» Une brillante victoire disperse la redoutable cavalerie des Mameluks. Bonaparte entre au Caire et ne tarde pas à rester maître de l'Égypte.

Il gouverne alors et administre sa conquête. Il envoie de tous côtés des savants qu'il a amenés avec lui pour étudier les monuments mystérieux de cette terre, jadis si renommée. Puis il s'en va au-devant des Turcs qui arrivent par la Syrie: il les bat à la journée du Mont-Thabor. Mais il échoue au siège de Saint-Jean-d'Acre, car la flotte anglaise protège cette ville. La flotte française qui l'avait amené, avait été détruite par les Anglais dans la rade d'Aboukir. Bonaparte n'a plus aucune communication avec la France. Les Anglais débarquent une nouvelle armée turque à la pointe d'Aboukir. Bonaparte n'attend point qu'elle attaque: il va au-devant d'elle, la jette à la mer et la détruit (25 juillet 1799). Bonaparte ayant appris les revers de nos armées et l'agitation du pays, laissa son armée à l'un de ses plus habiles lieutenants, Kléber, et quitta l'Égypte seul. Il échappa aux croisières anglaises, débarqua à Fréjus, arriva à Paris où il ne tarda pas à renverser le Directoire et à se rendre maître du gouvernement par le coup d'État du 18 et du 19 brumaire (9 et 10 novembre 1799).


[CHAPITRE XVIII]

LE CONSULAT (1799-1804)

Bonaparte organisa un nouveau gouvernement: le Consulat. Trois consuls devaient exercer le pouvoir, mais Bonaparte, nommé Premier Consul, concentra en lui toute l'autorité. En quelques mois l'administration fut réorganisée, les finances, l'armée, tout fut remis en ordre sous l'impulsion vigoureuse de Bonaparte, qui s'entendait à tout, aux lois comme à la politique, aux chiffres comme aux batailles.