La seconde campagne d'Italie.—Le Premier Consul ne perd point de temps pour relever au dehors la France, menacée de perdre toutes ses conquêtes. Les Autrichiens, en Italie, pressaient dans Gênes l'intrépide Masséna qui soutenait une lutte héroïque. La famine désolait la ville. Masséna régla tellement les rations, recourut à tant d'expédients, qu'on vécut là où d'autres seraient morts. «Il nous fera manger jusqu'à nos bottes,» disaient les soldats. Bonaparte se porte à son secours, et pour surprendre l'ennemi, tente de franchir les Alpes sur un point imprévu. Il choisit la route, à peine praticable, du Grand Saint-Bernard (entre la Suisse et l'Italie). Les troupes commencèrent à monter dans la nuit du 14 au 15 mai (1800). Les vivres, les munitions passèrent à la suite des régiments; mais l'obstacle c'était l'artillerie. On imagina de partager par le milieu des troncs de sapins, de les creuser, d'envelopper avec ces deux demi-troncs une pièce d'artillerie et de la traîner ainsi enveloppée le long des ravins. Des mulets furent attelés à ce singulier fardeau; mais bientôt les mulets manquèrent; les soldats s'attelèrent alors aux pièces et les traînèrent. La musique jouait des airs animés dans les passages difficiles et encourageait les troupes à vaincre ces obstacles d'une nature si nouvelle. Au sommet, l'armée trouva des vivres préparés par les religieux du Saint-Bernard et après quelque repos commença la descente, qui ne présentait pas moins de difficultés que l'ascension.

Bataille de Marengo.—En quelques jours, le Premier Consul avait jeté au delà des Alpes quarante mille Français. Vingt mille autres venaient les rejoindre par d'autres passages. Toutefois il y avait eu des retards qui amenèrent la chute de Gênes où la famine était devenue extrême. Masséna obtint les conditions les plus honorables. «Je serai de retour dans quinze jours,» dit-il en rendant la place. Bonaparte assura l'exécution de cette parole.

Le 14 juin 1800 il rencontra l'armée autrichienne près de Marengo.

Obligé de disperser son monde dans la crainte de voir l'ennemi lui échapper, le Premier Consul ne put d'abord opposer que des forces inférieures aux troupes autrichiennes. Jusqu'à trois heures il perdait la bataille, mais il tient bon et ne recule que pas à pas. Heureusement le général Desaix, récemment arrivé d'Égypte, avait été la veille détaché avec sa division, dans une autre direction. Il entend le bruit du canon; il descend de cheval, et approche son oreille de la terre. Nul doute, une bataille est engagée; son devoir est d'y courir; il y court avec ses six mille hommes. Lorsqu'il arrive, les généraux l'entourent. Bonaparte, qui persiste, malgré l'avis de ses lieutenants, à poursuivre la lutte, demande l'avis de Desaix. Celui-ci regarde le champ de bataille: «La bataille est perdue, répond-il, mais nous avons encore le temps d'en gagner une.» Bonaparte ravi donne ses ordres. «Enfants, cria-t-il, nous avons fait trop de pas en arrière; le moment est venu de marcher en avant! Rappelez-vous que mon habitude est de coucher sur le champ de bataille.»

Le général autrichien, M. de Mélas, ne se doutait point du désastre qui le menaçait. Il était rentré dans Alexandrie et expédiait à son souverain des courriers lui annonçant son triomphe. La division Desaix s'avance et arrête les colonnes autrichiennes sur la route. Le général lui-même s'élance à la tête d'un régiment, mais dès les premières décharges il tombe frappé à mort. Les soldats désespérés se précipitent avec une véritable fureur sur les masses profondes des Autrichiens que des charges de cavalerie achèvent de mettre en déroute. L'armée tout entière pleura Desaix et Napoléon le regretta plus d'une fois dans le cours de ses longues guerres.

Une autre victoire du général Moreau, en Allemagne, força l'Autriche à signer la paix qui fut conclue à Lunéville (1801). L'Angleterre elle-même, l'ennemie la plus acharnée qu'ait eue notre Révolution, signa la paix d'Amiens (1802).

Organisation de la société nouvelle.—Le Premier Consul, dès qu'il put donner ses soins au gouvernement intérieur, organisa la société nouvelle. Il créa un système régulier d'administration, qui dure encore. Il fit constituer la Banque de France, qui est encore la plus importante de nos institutions de crédit. Il régla la distribution de la justice et fit rédiger le Code civil, recueil des lois qui protègent encore aujourd'hui la famille et la propriété des citoyens. Il signa, en 1802, avec le Pape, un traité, le Concordat, qui décida le rétablissement en France du culte catholique et d'après lequel sont encore fixés les rapports de l'Église et de l'État.

Les anciens ordres de chevalerie supprimés furent remplacés par l'Ordre de la Légion d'honneur auquel tout le monde pouvait prétendre sans distinction de naissance ou de fortune. La croix d'honneur brilla sur la poitrine du simple soldat comme sur celle du général et signalait les services civils aussi bien que les services militaires. Elle portait une simple et noble devise: Honneur et Patrie.

En même temps, il encourageait l'agriculture, l'industrie, le commerce, que tant d'années de troubles avaient ruinés, et le pays, rassuré, oublia ses divisions pour se remettre avec ardeur au travail qui ramena la prospérité.

L'Angleterre, jalouse de voir la France s'agrandir, relever sa marine et ses colonies, nous déclara de nouveau la guerre en faisant saisir douze cents navires français.