[CHAPITRE XIX]

L'EMPIRE (1804-1815)

Napoléon Ier.—Les complots sans cesse renaissants favorisèrent d'ailleurs l'ambition du Premier Consul. Déjà nommé consul à vie, il obtint le rétablissement de la monarchie déclarée héréditaire dans sa famille, et le Sénat renouvela pour lui le titre romain d'empereur (18 mai 1804). Le général Bonaparte était devenu Napoléon Ier.

Napoléon cependant, pour attaquer l'Angleterre, rassemble une armée à Boulogne et prépare tous les moyens de la transporter en quelques heures au delà de la Manche. Pour être maître de la mer pendant quelques heures, il fallait l'arrivée d'une flotte supérieure à celle des Anglais. Napoléon apprit bientôt que sa flotte était retardée. De plus l'Angleterre détourna le péril en soulevant de nouveau le confinent et en déterminant l'Autriche et la Russie à former une coalition. Obligé d'abandonner son projet, Napoléon se retourna avec l'ardeur de la colère contre les ennemis qu'il pouvait saisir. Il frappa des coups décisifs.

Tandis que notre flotte essuyait un désastre sur les côtes d'Espagne près du cap Trafalgar, l'empereur transportait avec une rapidité merveilleuse sa grande armée du camp de Boulogne en Allemagne. Il marcha sur Vienne où il entra sans résistance. L'armée autrichienne s'était retirée en Moravie pour se joindre à l'armée russe.

Bataille d'Austerlitz.—Napoléon, sans perdre de temps, était allé au-devant des deux armées russe et autrichienne. Il se dirigea sur Brünn et arriva en face de l'ennemi, non loin du village d'Austerlitz. Ses forces étaient inférieures à celles des deux empereurs d'Autriche et de Russie qui cherchaient à lui couper la retraite. Napoléon devinait leur plan comme s'il eût assisté à leurs conseils. Il les encouragea, en feignant d'avoir peur, à poursuivre les mouvements qu'ils avaient ordonnés de manière à amener leurs troupes sur le champ de bataille qu'il avait choisi.

Le 1er décembre 1805, au soir, voyant les Russes quitter en masses serrées les hauteurs dont lui-même convoitait la possession, il ne put s'empêcher de s'écrier: «Cette armée est à moi!» Comme il parcourait son camp, les soldats allumèrent des milliers de torches, le saluant de leurs vivats et lui promettant pour le lendemain, anniversaire de son couronnement, une belle victoire. Ils tinrent parole.

Le 2 décembre, un soleil brillant qui avait dissipé les brouillards du matin, éclaira un terrain affermi par la gelée. La bataille s'engagea et ne fut qu'une série de manœuvres précises par lesquelles l'armée alliée fut coupée en plusieurs tronçons. Les Français s'établirent en maîtres sur les hauteurs que les Russes avaient abandonnées et plusieurs divisions russes se trouvèrent enveloppées dans une étroite vallée que fermaient des étangs. Les Russes cherchèrent à s'échapper par ces étangs recouverts de glace: les boulets brisèrent la glace et un grand nombre de fuyards périrent. Les armées russe et autrichienne étaient tellement défaites que l'empereur d'Autriche se hâta de demander une entrevue au vainquer, aux avant-postes.