Un armistice fut conclu; l'armée russe eut la liberté de se retirer et la paix de Presbourg termina la guerre (26 décembre 1805).

Guerre contre la Prusse et la Russie.—La Prusse qui n'avait pas osé se joindre aux coalisés, engagea seule, l'année suivante, la lutte contre Napoléon. Tandis que les Prussiens se dirigeaient vers le Rhin, l'empereur, les trompant, se dirigea vers l'Elbe pour leur couper la retraite. L'armée prussienne revint en toute hâte sur ses pas, divisée en deux corps. Napoléon écrasa un de ces corps d'armée à la fameuse journée d'Iéna (14 octobre 1806), tandis que l'autre corps d'armée était défait, le même jour par le maréchal Davout, près du village d'Auerstaedt. L'armée prussienne, complètement dispersée, n'existait plus. Cependant les Russes arrivaient au secours des Prussiens. Napoléon alla au-devant d'eux. Les Russes voulurent le surprendre pendant l'hiver; il les repoussa et leur livra dans un pays couvert de neige (8 février 1807) la sanglante bataille d'Eylau. Un de nos corps d'armée s'égara, aveuglé par la neige qui tombait en abondance et se fit écraser, ce qui causa un moment un grand désordre et faillit compromettre le succès.

La campagne d'été fut courte et brillante. Les Russes avaient reformé une nouvelle armée et revenaient conduits par l'empereur Alexandre lui-même. Ils furent écrasés à Friedland (14 juin 1807).

Alexandre, bien vaincu cette fois, demanda la paix et l'obtint à l'entrevue de Tilsitt sur un radeau construit au milieu du Niémen. Il renonçait à une partie de la Pologne et s'engageait à fermer ses ports aux Anglais. Napoléon rendit au roi de Prusse son royaume, mais mutilé. Des provinces du Rhin, il forma pour son frère Jérôme le royaume de Westphalie. Un des frères de l'empereur, Joseph, occupait déjà le trône de Naples; les autres membres de sa famille avaient des principautés et il en donnait à ses plus habiles ministres, formant ainsi à l'Empire une ceinture de monarchies vassales.

L'Empire s'agrandit encore de la Hollande, qu'un des frères de Napoléon, Louis, gouvernait en qualité de roi, mais où il refusait d'appliquer des mesures rigoureuses qui ruinaient le commerce du pays. L'empereur ne souffrait plus d'obstacle à sa volonté: il réunit la Hollande à la France (juillet 1810). L'empire français compta alors 130 départements. Un des maréchaux de Napoléon, Bernadotte, était désigné comme prince héritier de la Suède. La Prusse, mutilée, n'existait que parce qu'il l'avait bien voulu; il s'attachait l'Autriche par une alliance de famille.

Mariage de Napoléon avec Marie-Louise d'Autriche.—De son mariage avec Joséphine de Beauharnais, Napoléon n'avait pas d'enfant; malgré son affection pour Eugène Beauharnais, qu'il avait adopté et créé vice-roi d'Italie, il ne voulait pas le déclarer son héritier. Il fit annuler son mariage avec Joséphine, divorce qu'on n'approuva point et qui parut un divorce avec le bonheur. Il demanda à l'empereur d'Autriche la main de l'archiduchesse Marie-Louise (1810) et fit asseoir sur son trône, à ses côtés, une fille des Césars. Un fils lui étant né le 20 mars 1811, l'empereur le décora du nom de roi de Rome.

Napoléon était alors à l'apogée de la puissance et de la gloire. Rien ne résistait plus à ses volontés. Les grands corps de l'État restaient muets ou ne parlaient que pour applaudir aux vastes projets du maître et exalter ses succès. L'empereur s'efforçait de se faire pardonner ce gouvernement arbitraire en développant toutes les ressources de la prospérité publique. Il perfectionnait le système financier, la Banque de France, promulguait le Code de Commerce.

Il entreprenait de grands travaux d'art ou d'utilité générale en France et dans les pays annexés: la colonne Vendôme, l'arc de triomphe de l'Étoile, l'achèvement du Louvre et des Tuileries, des fontaines, des canaux, des routes, etc. Il encouragea aussi l'industrie et créa le Conseil général des fabriques et manufactures. Le blocus continental, qui écartait du continent les produits de l'industrie anglaise, fit naître des industries nouvelles. Par un décret du 15 janvier 1812, Napoléon destina cent mille hectares de terrain à la culture des betteraves, pour la fabrication du sucre indigène, qui devait remplacer le sucre des colonies.

Napoléon favorisa surtout l'application des sciences utiles à l'industrie. Il honora et récompensa les savants aussi bien que les manufacturiers.

On vit naître deux sciences nouvelles: la géologie, ou histoire naturelle de la terre, et la paléontologie, science qui traite d'animaux et végétaux disparus, dont les débris sont enfouis dans la terre. La littérature et les arts pourtant, ne brillèrent pas du même éclat à cette époque.